Tjenbé bèl pou viv-li bien...
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Chronique du Carnaval – Épisode 4-5 –

Chronique du Carnaval – Épisode 4-5 –

« Réversibilité et fertilité »
« Rouge »

Aujourd’hui Mardi Gras, le rythme reste soutenu dans tous les sens du terme en une telle période. Les vidés s’enchaînent le matin, l’après-midi, début de soirée. Les pensées, croyances, les rêves d’un instant, les premiers pas, les montés de morne viré bokay, les rencontres épi zié, les espoirs du lendemain, les extinctions de la veille. Enfin, bagay cho, sé tjenbé ki ni. Épi tjenbé bèl. C’est le jour du mitan. Mi taw mi ta mwen. Jou ouvè fòk i kay fèmen.

Vous n’allez pas me croire. Je suis assis sur la page du bourg de Schoelcher. Le soleil est au zénith. J’ai une place à l’ombre d’un cocotier. Sur ma droite, une famille avec le papa fan de kassav. Il a emmené avec lui son nouveau haut-parleur nomade. En bon Koutja, il a mis le son pratiquement à fond. Mais alors tant mieux, c’est un Kassav avec Jean-Philippe Marthély qui envoie un tjò de love.

Là, l’instant d’un moment, j’imagine le même contexte avec du trap qui joue. Et, j’imagine l’atmosphère que prendrait la plage. En mode « Mon coeur bât vite… je vais tout péter… » Mais, Pipo me le rappelle : « Koba-ay! » de son morceau « Cobaye ». Comme cela est signifiant. C’est que la conscience cherche un sens à toute manifestation. « Sa ou sav sa ou mandé? » La question que nous pose Pipo, et que je me pose par là même.

Des femmes esseulées en robe blanche…

Hier, Lundi Gras que cela fut intéressant de voir toutes ces femmes esseulées en robe blanche. Prises au piège sont-elles de cette révélation. Oui, c’est à cela que j’ai pensé. Car ici dans le vidé, les femmes ont une certaine pudeur sentimentale. Ainsi, lorsqu’elles sont dévoilées. Elles sont vulnérables. Par le « oui » répondu à cette question du « voudrais-tu m’épouser? », elles se retrouvent là dans une errance blanche, dans l’abandon. Manman! Ce fruit de mon imagination fut si dure que je décidai  d’arrêter là ce voyage spéculatif. Maintenant, je dois me sortir de ce sentiment d’abandon.

S’abandonner à l’autre est autre chose qu’abandonner l’autre. Alors toutes ses femmes esseulées en robe blanche sont en plein questionnement. Elles ont lâché le « Mi Tjè mwen » à la Jocelyne Béroard. Et ne voilà-t-il pas que l’autre est partie avec… l’autre a trahi ce coeur, cette femme. N’est-ce pas en cela que la métaphore de « Pénélope » prend tout son sens? À quoi bon être une « Pénélope » maintenant? Est-ce que cela permettrait d’éviter l’abandon? Car, le plus dure est d’être une femme esseulée. Car, la robe blanche peut devenir celle du mariage avec elle-même. Dans le « dépi sé épiw mwen ké mayé! »

Oui, les hommes absents de leur costume de marié dans la rue, sont victimes de ce que les femmes ne voient pas en eux-mêmes. Nul ne peut voir l’absent tel qu’il serait présent. Une présence; là, dans le « wou épi mwen nou ka fè yann ». Fout mwen enmenw. Ou sé Fanm pas mwen sé nonm. Mwen tékéy fanm siw té nonm. Fout mwen enmenw, chimen lavi pou nou, sé an tras tiran. Pou nou ay ansanm dan chimen a dé. Douvan pou dèyè. Anlè pou anba. Dwèt pou goch. Wou pou mwen. Mwen pou wou. Nou ansanm ka lyanné.

La réversibilité et la fertilité…

La réversibilité et la fertilité, tel est le thème de cette chronique. De tels principes pour nous, devraient faire l’objet d’une traduction en valeurs. Celles qui raisonneraient dans l’oraison même de notre culture. Je le dis. Car, une société qui a, à un certain degré, banalisé le mal; se devrait de travailler à un certain discernement vis-à-vis de cette question du mal. D’ailleurs, comment comprendre que l’on puisse se focaliser sur le mal en cherchant le bien. En cherchant quoi que ce soit, n’est-il pas préférable de rester centrer sur ce quoi que ce soit sans tension. Puisque l’attention n’est pas la tension. Nous devrions rester ouvert au reste sans préjugés. Eux construits par la magie du « on m’a dit que » ou du « j’ai cru comprendre que ». Rendons au témoignage et à la confiance en lui, sa place dans notre réception des choses de ce monde. Et soyons honnête dans l’émission et la réception, disons dans la participation au dialogue social.

Dans l’histoire de notre humanité, nos ancêtres furent diabolisés ; et voilà qu’en nôtre sein, certains sont dans le déni de cette diabolisation, et se permettent de diaboliser en nous. Cela faisant que nous nous diabolisons nous-mêmes. Plutôt que de développer entre nous un discernement bien-veillant. Confiant de la foi de chaque et donc de l’amour de chaque. Pour que nous puissions dire que c’est la somme de nos amours qui fera l’amour de l’humanité: un amour universel.

Toujours est-il que je suis face à ce mariage burlesque. Je regarde le marié et la mariée. Et puis, j’entre dans un rêve éveillé. S’estompent dans ce rêve les symboles caricaturaux, phalliques et vaginaux. Et, j’entre dans l’autre réalité. Le soleil est d’une lumière blanche qui semble traverser une lentille convexe. Elle est intense et trouble. Les prétendants au mariage sont troubles. J’entends leurs coeurs. « Leurs cœurs battent vite… ils vont tout péter. » Et, tous demandent « péter » en quoi? En tout cas, je le vois: Ils avancent ensemble comme sur une route, an chimen lavi pou yo, an tras tiran. Dé vwa pou an sèl chimen.

Alors, imaginons un rituel où, elle devrait se mettre à la place de lui; et, lui devrait se mettre à la place d’elle; l’un et l’autre adoptant pour se faire les mimiques, les attitudes, l’état d’esprit, l’esthétique vestimentaire et autres, le temps d’un Lundi Gras. Car, « se marier » nécessite que l’un et l’autre discernent bien ce qui de lui est en l’autre et ce qui de l’autre est en lui. De même qu’il leur faut discerner ce qu’ils construisent ensemble. De même qu’il leur faut discerner ce que l’un voit de l’autre. Avant chaque mariage, j’imaginais ce rite. Se faire beau par les manières de l’autre. Et séduire l’autre. Vivre le choix en avançant. Et là, en l’occurrence, se faire un vécu du possible vécu de l’autre.

Un tel rituel serait vraiment intéressant, je vous dis. J’imagine, l’homme dans sa belle-famille, se faisant pouponné et préparé par l’équipe de la futur marié. Et vice et versa pour la femme. Au final, la mariée se déplace. Plus grande en taille que le marié, elle éclipsait bien le soleil avec sa perruque blindé d’une énergie électrostatique qui lui donnait un aspect fil mango. Enfin l’éblouissement est tel que je sors de mon rêve éveillé et de la rue par la même occasion.

Rouge

Ils passaient en groupe. Oui, des nèg gwo siwo. Sur le côté du vidé. Ils aiment faire ça. La mélasse de leur peau fait peur. Ils risques de vous salir. Alors, même les déguisés en chipongtong sursautent au moindre de leurs gestes. C’est l’un d’eux qui me touchent la main. Laissant cette trace luisante sur celle-ci, elle est d’un noir miroir qui pourrait laisser croire que la trace est indélébile. Elle l’est dans l’invisible. Or dans le visible, la tâche part.

Je me suis levé. Je me suis équipé de mon mas. Et, je suis entré dans le vidé. La marée rouge réclame la fertilité de nos gestes. Alors, une pluie est tombée du ciel. Le vidé va. Et, nous chantons en son sein notre union au son tanbou de Tanbou Bokannal. Les peaux un temps mouillées avaient atténuées leur voix, et même la feuille tintait plus discrètement. Les cloches seules maintenaient la kadans an toukoutouk.

Et puis, la chaleur des musiciens, leur mouvement fécond dans le geste fertile de faire la musique d’ensemble aux tanbou de notre source, a redonné du volume au son qui a redonné du volume au chant. Au même moment, nous sommes à vive allure. Le vidé déboule et nous traçons ensemble comme un seul corps. Je lève la tête parce que subjugué du fait de participer à ce moment. Quand, s’aperçoit dans le ciel, un superbe arc-en-ciel. Il bruine lorsque s’aperçoit la merveille. Et quelle merveille que d’entendre un murmure de satisfaction collective devant cette vision.

Nous passons sur le pont du Canal Levassor. Il tremble. Même les Policiers en fraction sont surpris. Nous passons sur la rive droite. L’ambiance est à son paroxysme. Tout cela est de bonne augure pour ce Mercredi des Cendres.

Sur la route du retour, je me dis que c’est comme ça. La folie du Roi le mène à sa perte. Heureusement, en vidé avec Tanbou Bokannal, je suis en mawonaj. Je célèbre mon humanité à travers lakou tanbou-a ka maché an lawonn-lan an mitan lanvil. Ka mandé ki divini-nou si nou blié kò-nou pou maché ansanm asou tras lavi.

Alala, fiche que c’est bien et bon de voir au delà des apparences ce qui porte sens.

Finissons ainsi, s’il vous plait avec « Èskizé mwen » de Patrick Saint-Éloi. https://youtu.be/rNZidbsU1mM

Chut! J’écoute mon coeur…

 

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Chronique du Carnaval – Épisode 4-5 –

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  1. Rapon

    2 mars

    Très belle chronique 4-5 , j’ai eu l’impression de vivre le vidé et toute l’ambiance qui y réside ,sans physiquement y être je trouve sa extraordinaire . La culture de notre carnaval est riche et particulière dans ses croyances

  2. Rapon

    2 mars

    Très belle chronique 4-5 , j’ai eu l’impression de vivre le vidé et toutes l’ambiance qui y réside ,sans physiquement y être je trouve sa extraordinaire . la culture de notre carnaval est riche et particulière dans ses voyance

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