Tjenbé bèl pou viv-li bien...
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« Dans une relative opacité »…

« Dans une relative opacité »…

« Dans une relative opacité »

« Les mots justes, trouvés au bon moment, sont de l’action. »
disait Hannah Arendt

 

La brume de sable persiste, il respire doucement presque précautionneusement, la pluie se fait désirer et la canicule assèche encore la Terre et les yeux. Je prie avec le chant d’oiseau et la démarche des tortues que l’eau soit pour tous.

La question de la « relative opacité » est du fait du mode de transmission que nous retrouvons dans les critères du conte. Ce dernier qui parle à plusieurs dimensions auxquelles il faut être initié. Ainsi, en cela l’appropriation du transmis est un long processus empirique qui au gré de la vie (cheminement) révèlera les sens profonds à ceux qui auront cultivé la mémoire du transmis. Lui fruit d’un témoignage en jès, mès èk pawòl, yann dé lèkti osi. Tout cela deviendra le biais menant à la compréhension dans la conversation créatrice de culture à notre vivre-bien-ensemble.

Cette « relative opacité » revient de même à ce regard que l’on peut poser sur le passé. Qu’est-ce nous appréhendons réellement du passé ? Lui son et/ou ses histoires portent une relative opacité par la perspective et l’intention du transmetteur et du récepteur. Ainsi, il faut se garder de lire les faits d’hier avec les lunettes d’aujourd’hui. D’autant qu’aujourd’hui, la précipitation se fait passer pour la vitesse.

Il y a le mythe fondateur d’un récit national et l’histoire qui prend les faits en les décrivant et les ordonnant au jeu des interactions du continuum spatiotemporel de notre vie collective. Le tout fait de témoignages, chacun à son intention et son utilité.

Autrement depuis la lettre

« Depuis la lettre à Manman Jwani, les choses allaient autrement. Elles allaient déjà autrement avant ; c’est juste qu’il fallut la pratique de l’écriture de ce courrier à coeur ouvert à Manman Jwani pour que je m’en rende compte. J’entends les gens parler pour dire que plus rien ne sera comme avant. Alòs mwen lé pòté ganm adan bagay-tala osi.

Mwen té ka gadé kò-mwen ka wouzé jaden mwen-an. Sié, sèl bagay, sé bèl sa bèl, sé bon sa bon, chak jou ni an jès an jé awmoni lanati, manman ki ka pòté nou. C’est ce qui est essentiel. Avoir un geste de spiritualité réel et concret en lien avec la nature et sa vie.

La fausse rivière que l’on nomme la rocade, a recommencé son petit manège. Et j’ai perdu le bénéfice du silence au chant naturel, qui a laissé place à un ronronnement urbain, parsemé de vrombissements de quelques fous du volant et du guidon à grosses machines débridées de risque et de précaution. Le déconfinement est plus ou moins là, à la va-vite, avec des mesures qui pleuvent, libérant secteur après secteur. L’économie a mal. Les hommes meurent moins, alors, il faut que l’économie reprenne de sa mise en veille. Il y a ici et là des gens qui ne veulent pas partager leurs bénéfices numéraires et symboliques, passés et présents. Ils veulent la croissance tout le temps. Quelle drôle de manière de parler de l’enrichissement, par accumulation primitive et égoïsme. C’est bien cela qui me rappelle le rétrograde de leur système de valeurs.

Mois de mai : Moi ou Nous Libre ? 

Dans ce mois pourtant, mois de mai, je n’ai nulle part entendu dire qu’il s’agissait de libération. Bien au contraire ai-je eu l’impression que sé ladjé yo anni ladjé moun. Mé sel bagay ladjé sé pa libéré, libéré sé pa ladjé. Mwen pa diw ou pa sa ladjéy an piès sans, sé pa sa. Mé sé pa libéré. L’on semble ne pas considérer l’humain, plutôt l’argent et le système économique qui fonctionnent à l’algorithme de notre rétention, ce système dont les équations s’affolent de résultats impropres à la croissance. J’entends parler de pertes de gain d’argent. Il n’y a plus de gagne d’argent. Et, c’est comme si nous n’avions pas entendu parler de la nature et de son gain de paix atmosphérique, en vibration sonore et lumineuse, de paix par chute des fréquentations intrusives, et augmentation de la fréquence du vital plus ital.

La consommation cherche la relance, alors que nous cherchons la métamorphose. Car, il nous faut être écologiquement fertiles. Et pas pour une économie capitaliste, mais bel et bien pour une économie symbolique propre à nos besoins culturels. Là tout y est. Les principes et les valeurs de la philosophie et de la spiritualité qui nous tiennent en vie ici dans ça. Or, il y a une consommation tellement consumériste qu’elle nous use par toutes les ruses, au fait de tant d’acteurs, eux qui ont tous faim. Ne leur parle pas de déguisement, ils nieront. Si nous pouvions instituer à nous-mêmes des gestes-barrières à la consommation du futile. Et nous offrir une chorégraphie de gestes-fertiles de consommation culturelle, ayant une dimension vraie au sens de franche, de symbolique par un essentialisme. Nous pourrions vaquer ailleurs que dans le labyrinthe barbare du cadastre clos des lieux de consommation. »

File la déclaration d’une humaine humeur qui résonne au-delà du système et de son bruit. Vous savez, ce dernier qui ronronne comme un réfrigérateur ou un congélateur, en fond, présent à se confondre. L’agitation est là et dans la fêlure des démâtés des politiques qui dérivent sans voile, assis sur une barque qui flotte à l’envers, fal anlè. Et l’envers du décor qui déborde sur l’endroit, brule la confiance face à une autorité rendue par elle-même absurde.

Dialogue 

Et elle reporta dans son carnet ce passage qui lui parle sur l’instant : « Elle écrit : « Puisque l’autorité requiert toujours l’obéissance, on le prend souvent pour une forme de pouvoir ou de violence. Pourtant l’autorité exclut l’usage de moyens extérieurs de coercition ; là où la force est employée, l’autorité proprement dite a échoué. L’autorité, d’autre part, est incompatible avec la persuasion qui présuppose l’égalité et opère par un processus d’argumentation. Historiquement nous pouvons dire que la disparition de l’autorité est simplement la phase finale d’une éducation qui a sapé principalement la religion et la tradition. » « La crise de la culture » Hannah Arendt ». Elle y pense pour chez elle. Et lui répond : « Je vois ce que tu veux dire Hannah. C’est bien dit. Ça tombe ték sur la situation. Flou et polysémie sont les curseurs de clivages avec tant de ramifications, qu’on aurait dit un arbre généalogique aux branches et racines désarticulées. Comment je le sais ? Regarde l’arbre est à l’horizontal. Le feuillage n’est donc plus face au soleil, et les racines sont, elles, hors du sol. Est-ce qu’un arbre couché pleure ? Tu vois ? Il vit autre chose qui n’est pas la vie d’un arbre. Plutôt celle d’un arbre couché. C’est déjà autre chose. Ceci dit, Hannah, c’est aussi toi qui disais : « C’est également avec l’éducation que nous décidons si nous aimons assez nos enfants pour ne pas les rejeter de notre monde, ni les abandonner à eux-mêmes, ni leur enlever leur chance d’entreprendre quelque chose de neuf, quelque chose que nous n’avions pas prévu, mais les préparer d’avance à la tâche de renouveler un monde commun. » toujours dans « La crise de la culture ». »

Et les humains sont là, ils veulent vivre… Et les humains sont là, ils veulent la métamorphose. Pourquoi avoir autant compliqué la vie en société ? Ce qui fut créé pour que l’humanité se préserve et s’épanouisse, voir s’émancipe, pour ne plus survivre en faim, et enfin vivre. Voyez bien ce qui fut fait pour servir l’humanité finit par l’asservir. Cela au désir de certains qui ont la hargne au nom du profit…

À la recherche d’une respiration 

Nous étions dans la voiture, roulant pour aller au coeur du pays. Là où, la brume de sable, ses effets et ses immondices microscopiques, ne sont pas accentués par l’urbanité, pour respirer et méditer la contemplation d’une nature zayann karibeen, et rêver la vision du vivre-bien pour tous. Tant de choses ont été perverties et ont dérivées du cap de leur destination originelle.

Sur notre île, soyons las de mimer l’occident, l’accident continental. La crise sanitaire nous montre tant de choses absurdes de la réalité qu’ils nous inventent par leur sémantique et philosophie. L’idéologie est aux mains d’une dite élite qui nous impose ses objectifs de reproduction pour leur maintien au sommet d’un système qui tend à notre asservissement.

Un yoyo émotionnel, voilà ce qui se passait en elle. Des émotions non plus fugaces ou évanescentes, mais celles de l’effet d’une emprise tenace qui terrassait son sentiment de quiétude.

C’est quand même fou que le confinement nous ait assigné à résidence. Pourtant, il s’agit d’une opportunité indéniable de rendre compte du possible à vivre autrement, de démystifier l’embrigadement dans un quotidien d’empoisonnement. Alors que l’on parlait déjà de déconfinement, Gabriel fut pris d’un dégoût. Le volte-face fut si foudroyant pour lui. « Alors que nous étions en pleine torpeur », un flot d’informations dont certaines empreintes de contradictions, empêchaient l’analyse et le positionnement clair de Gabriel. Il mûrit en lui une réflexion à partir du sens étymologique de confinement. D’ailleurs, il se rendit compte que le mot déconfinement n’existait pas. Il était neuf. Ainsi, il pensa : « Et si, il n’était pas possible de se déconfiner en réalité. » Une sensation effroyable s’empara de lui. Et si, le confinement laissait des stigmates, de trace maladive en nous et dans le système de la société de contrôle ? ». Selon ce que nous pourrions comprendre c’est que déconfinement signifierait revenir à l’état hors confinement. Donc, celui d’avant le confinement. Waw, il se dit qu’il ne pourrait pas. « Yo pa ka sonjé sa ki té ka alé la. L’année commençait dans la débâcle héritée de l’année d’avant. En tout cas, en ce qui concerne ce qui nous arrivait par le récit médiatique de notre future histoire, un présent agité. ».

Jimmy, lui, tout cela lui passait par-dessus. « Sé mésié ja alé two lwen frèw ! Si i bon yo ké wèy ! » Il regarde autour de lui : les oiseaux, les plantes, chiens, chats, même l’air ; et il se dit : « regardes eux-mêmes sont pas sur ça. Sa pa ka bwennen ayen ba yo, lavi-a ka woulé èk nou menm ka woulé osi, nou ka woulé andidany, li ki ka woulé too, ou ka wè ? ».

À l’écoute

Elle était dernière chez elle à lire. Lorsqu’une bourrasque la sortit de la lecture. Elle leva la tête vers le ciel. La modernité voudrait nous éloigner d’une part de notre identité. La grande ville permet l’anonymat, le sans racine, sans manman, sans papa, l’intérieur réduit l’espace relationnel, le temps kidnappé par l’emploi, la règle encastrée dans les désirs des dominants. Le gain, le gain, le gain, le toujours plus d’illusoire, d’illusions et de frustrations, à la croissance de l’autre, sa cime nous fait de l’ombre, il fait froid, nous ne sommes pour lui qu’un futur humus, fruit de notre dégradation qui rime avec humiliation et déshumanisation, le talon de valeur de leur enrichissement.

Aminata entendit alors dans le vent, la voix di an gwan madanm :

« Ah ma Chère, faut tout faire pour que les parents n’oublient pas ce qu’être parent. Que dans l’histoire de l’humanité, cette fonction, est au fondement du progrès humain dès l’origine.
Dis-leur qu’ils cessent de s’agacer de leur relation avec ce prolongement d’eux-mêmes. C’est en cela notre conquête. Œuvrons pour elle ! En nous protégeant de l’assimilation à la civilisation de l’individualisme et de l’égoïsme. La société du contrôle qui ne connaît pas le sentiment et son intelligence, est aussi la société du paraître, conditionnée aux buzz ravageurs de l’incongru choquant.

La famille est le thème principal de la vie en société, le pilier qui unit la dualité de la vie dans l’essentialité symbolique de l’harmonie féconde en corps et âme et esprit.

Tu n’imagines pas toutes les entreprises malignes qui voudraient déstabiliser cette cellule primordiale de notre humanité, cette dignité, c’est là l’édifice de notre libération de l’esclavage en certain de ses aspects. Peu importe comme se configure une famille, elle se respecte et œuvre à la dignité de chacun pour celle de tous. »

« Et te dire que dans un puissant songe, j’ai rencontré Maroni, baptisé ainsi par ses parents, eux qui le souhaitaient tranquille et impétueux par foi, celle qui génère un pays fertile. Il étonne par sa présence de grand gaillard au regard doux. On aurait dit un Bushinengué. Sa peau lisse et grasse, réfléchissait merveilleusement et indifféremment la lumière solaire ou lunaire. Il habitait dans le quartier, mais seul quelques rares personnes pourraient dire où exactement.

Dans un songe

Dans ce songe, il me demande de me mettre debout et marcher vers l’horizon. Je me mets en marche vers l’horizon. Il va à côté de moi au même rythme cardiaque, il respire profondément, et j’entends sa voix psalmodier :

Des larmes fécondes
tombent de mes yeux au sol aride
ensemencées l’espoir qui coule et ruisselle
entre les arbres chevelures de terre

Des larmes en joie
qui réifient la vie
nourrissent la tendresse du sol
et au-delà des nuages porteurs du bon
il y a le ciel bleu profond et beau
les profondeurs spirituelles qui mènent à l’univers

Je me sens frais
dans un vital mouvement
qui s’imagine en goutte
moi-même qui coule

Un nuage vient
dépose un ombrage éphémère
au besoin de calme
d’une paix à confirmer en dose
d’amour vulnérable et fort de sa fragilité

Le jour se lève avec l’espoir
de prières d’hier
au pendant des signes
témoins spirituels
d’une réelle vitalité noire
je sais y croire

Mon monument de libération n’est pas en pierre
il est en corps et âme et esprit
ce que ma famille et moi sommes en corps
les ancêtres ici manifestés au présent de la présence.

Sa parole dévala ma pensée. Et je restais seul là avec mon rythme cardiaque dans la musique de l’instant… »

Que l’arbre retrouve sa verticalité…

https://youtu.be/P4l5-sOFc8Y

Dessin réalisé par Malik Duranty

Anbòkayman (mèsi Kofi)

 

Jou malè pani pran gad



https://fondation-frantzfanon.com/hannah-arendt-frantz-fanon-et-les-mecanismes-de-la-haine-de-soi/


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