Tjenbé bèl pou viv-li bien...

Man Ya Mi Jou Douvan Jou (Épisode 5)

Télécharger la version Pdf ici: D&Y&M-Y-5ième épisode

Mi Bèl Plézi…

Man Ya a les yeux fermés. Elle a une respiration de sieste. Son souffle s’évapore d’une fine interstice entre ses lèvres… elle les bouge en rythme d’un murmure qui raconte…

Djaya et Yadja sont partis avec le vent… Upepo les emmène bien plus loin qu’ils ont espéré. De l’espoir qui dans leurs rêves les plus intimes, trouvent source.

Dans un premier temps, ils se mirent à virvolter au dessus de la Baie de la Ville Bleue. Allant en spirale, ils traversent tous les coins de la Baie en son étendu la plus large, jusqu’à la ville argile et à la ville plate.

Et puis à vive allure, Upépo s’engouffre entre le morne de Trenelle-citron et le morne de l’Ermitage. Pour remonter à Balata. Djaya et Yadja s’engouffrent avec la cinétique d’Upépo comme force d’entrainement, comptant sur leurs convictions comme énergie potentielle pour remonter cette traverse d’entre mornes…

Là, en ces terres où la démographie des arbres augmente, l’atmosphère est autre… rafraichie, l’air convainc le corps d’une poussée douce, vitale et ital, en vibration positive.

Man Ya est encore dans cette position de son alèz. Elle parle avec Upepo… pour lui demander de les laisser là… il s’exécute.

Yadja le sent tout de suite. Il se retrouve au sol et se retourne pour se voir debout devant un arbre. L’un de ceux dont l’âge est une histoire de

résistance. Un art d’être debout à la lisière comme le gardien d’un espace-temps.

Djaya se sent tout de suite vidée. Lorsqu’elle constate que c’est le départ d’Upepo qui lui donne cette sensation. Ses entrailles alors vibrent d’un plaisir qui lui semble indécent. Elle est gênée de se sentir bien. Or voilà, la sensation constante de cette vibration l’envahit, c’est tout son corps qui répond de son alèz… oui…

« Alèz, mon corps vibre la vie. » Murmure Djaya.

Man Ya sent alors le corps de Djaya se relâcher. Yadja, lui va, marche vers un arbre… Cet Arbre, ce trône. Il va et, traverse la rivière… en chantant cette chanson mystik de Kali : « monté la rivyè-o… entre les branches et les racines, un jour, tu verras la source de la rivière. »

Djaya, elle a vu ce nid de malfini haut perché sur cet Arbre, ce trône. Elle décide d’y remonter… elle va et, traverse la rivière… à l’écoute avec sincérité du chant de son âme sœur Yadja, dans le chant de la rivière. Et voilà que les deux chants en harmonie fécondent un oraison.

Au début, elle entend plusieurs chants distincts, et finit par entendre tous ses chants à l’unisson des voix et des corps qui lui lancent… « Monté la rivyè-o »

C’est comme-ci tout le Monde s’était fait à cette obscurité. Et puis que nul n’avait remarqué que Lalin ne se montrait pas… et là, Upepo poussa la Band’Niaj ki prenait toute la lumière pour elle seule… et là, la lumière fut… Une douche de vibration positive inonda de love l’instant qui se vit ici bas… Là, quand Lalin répand sa lumière… c’est d’autres formes, d’autres présences qui apparaissent.

Jou douvan Jou

Man Ya, le frère, la sœur et le Gwo Pyè Bwa

Yadja arrive devant ce Gwo Pyé-bwa… et il se met à pawoler :
« À force de regarder les arbres, je suis devenu un arbre… » dit Césaire.

Et moi Yadja
à force de manger des racines, Je suis devenu une racine.

(Man Ya esquisse un sourire, et regarde le corps de Yadja marmonner près d’elle ses mêmes mots)

Yadja poursuit alors :

En racine,
J’ai rêvé d’être le tronc Rêvé d’être les branches Rêvé d’être les feuilles Rêvé d’être la cime

Mais avant que l’arbre ne s’effondre J’ai accepté d’être racine
De cet arbre lui-même
Ou de l’une de ses graines.

À ce moment précis, sans même rien contrôler de son inspiration, alors que Djaya vient de rentrer dans l’espace vitale du Gwo Pyé-bwa, elle dit :

« Oh moi Racine
Que dis-je au Monde ? »

Yadja reprit :

Je suis une racine
Amoureuse de la Terre, son humus Et son humanité
Tant et si bien que je les retiens

L’eau et le vent érodent
Mon alentour et j’apparais
Dans la douceur de mes contours
Agrippée à Terre, son humus et son humanité

Je suis une racine
En corps d’arbre
Car je suis à Lésans Syèl Dlo Tè Difé Un arbre moi-même

Un arbre aux racines palétuviennes Au tronc de contorsion
Et aux branchages et feuillages
De kano et de toit anlè tèt

Je suis un arbre amoureux du vent À qui, à la confiance du destin
Je confie ma semence.

Vient à cet instant même, la voix de Man Ya de derrière l’arbre, elle dit :

Je suis un arbre racine
Moi le Nèg mawon
En posture fétale d’entre
Les contours agrippés de racines Jambes ouvertes

d’une matrice Amoureuse

Je suis un arbre racine
Moi le mawon Nèg
Sentant la chaleur monter
Dans une rosée qui tombe
Et qui pénètre l’entre des choses Comme un regard méditatif

Je suis un arbre racine
Et j’entends alors
Se taire les chiens
Le coq chanter dans le lakou L’heure de nous-mêmes y sonne

Là, toutes les bouches en corps chez Man Ya murmurent à l’unisson :

Je suis un arbre racine
Qui se met debout
Dans l’acceptation de sa dignité Et sa méditée libération

Au présent de la présence Je suis devenu un arbre

Enraciné …

Un cri de Malfini perce la nuit et fait écho
Upepo gonfle tout autour di Gwo Pyè-bwa-a
Ne s’entend plus la rivière et le chant des présences de cet endroit… Vient alors le son de la respiration de chacun dans son alèz…

Se diffuse une chaleur dans l’atmosphère, les rêves en arrivent à leur chute, le jour se lève… et se révèlent d’autres présences…

Malik Duranty

 

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