Tjenbé bèl pou viv-li bien...

My Body for Me -MBM-

 

Corps-nègre est par philosophie politique au fondement d’une vision que réclame notre actuel. Là, au cœur même, il y a le corps et le lien spirituel nègre qu’il entretient avec la vie. Ainsi, ma revendication première, celle du fondal natal, l’ancestrale, la séculaire, est mon corps. « My Body for Me Now ».

Telle est le mot d’ordre qui m’implique dans le courant de ma vie. N’être l’objet d’aucune possession et d’aucun sentiment déviant en la matière. « Ô mon corps fait de moi un être qui toujours interroge. » Ces mots de Frantz Fanon résonnent et semblent me guider vers là. Ce lieu de moi-même dans le nous-mêmes. Ici maintenant, considérant toutes les résonances de notre histoire en présence, dans la mystique de l’invisible, je médite l’incantation de l’aîné.

Fais de moi un être qui toujours interroge.

Interroge cette condition de vie, cette condition fondamentale du corps. Maintenant, il doit être à moi, dans ma conscience, et je prends acte de cette naissance. Celle de mon corps. Lui, celui dont j’ai la responsabilité de vie, dans le plus grand corps-ensemble duquel je suis.

Mon corps ne devrait être ni noir, ni blanc, enfermé dans cet entendement du clivage du monde; il est nègre un point c’est tout. Mon corps, il sait en sa mémoire de corps, ce qui est de la douleur de la déportation, de l’exil, du fer, du travail forcé, de l’odeur de la mort, de la peau abîmée blessée brûlée étouffant de crasse, du cuir du fouet, de la brûlure, de la morsure, de la faim, de la maladie, du sans famille, du déni, de l’humiliation, du viol, de l’enfermement, de l’enchaînement, de la misère, de l’extermination, du crachât, des mains étrangleuses, de la justice vilaine et malsaine, de la religion d’aveugles par de piètres traducteurs, de la stérilité, du mort-né, de la mort subite, de la crasse, du layon, de l’évasion, de la reconstruction, de la fondation, de l’exploration, de la survie, de la vie, du kidnapping, de la chasse humaine, de la barbarie, du saccage, du droit du dominant sur le dominé, du droit du possédant sur le possédé, du droit de posséder.

Oui, ce corps-nègre le sait ce que la possession, du droit de possession, est perfide pour notre humanité. Comment les choses de cette terre pourrait être à nos corps? Comment vivre et fondé le et la politique sur cette vision fataliste du corps qui possède et se fait posséder? Quoi dans notre citoyenneté fait la preuve de notre possession de notre corps? Une telle dévotion pour la possession devrait pouvoir s’expliquer?

Le corps s’interroge. C’est là l’importance de notre démarche. Regardez nos corps dans ce monde et le système qui nous organise en son sein. Que voyons-nous?

Corps politiquement correct et/ou incorrect.

À bien regarder l’histoire de l’humanité, il est remarquable de quelle sorte la question du corps et de la possession du droit de le posséder est au cœur des débats. Parfois sans ce nommer en tant que tel. Des débats menant à la guerre, au massacre, génocide, système esclavagiste, système du mal banalisé en sa dimension formelle autant qu’informelle.

Il fut sans cesse question du corps et de sa possession. Ainsi, en politique sous prétexte d’utopie, tout est devenu abstrait, appartenance abstraite; égalité, fraternité et liberté abstraites. Tout est abstraction, tout est hors du corps. Pourtant, tout est fondé sur cette possession du corps. De l’individu à la nation, le corps est un enjeu politique. C’est ainsi que la terre se fait élément fondamental à l’intention de sa possession. C’est cette condition qui fut trouvée pour garantir la pérennité des lignées. La terre se possède et se transmet de corps en corps.

Garantir les corps dans quelle intention? Est-ce dans celle de la productivité d’un système au service de certains? Ou est-ce dans celle de l’apprenti-sage?

Qu’est-il de plus concret qu’une métamorphose en corps? Lorsque sur le chemin de vie, vous venez à vous reproduire en corps. Le corps enfant de son apparition est le métissage de deux corps fruits de lignées du gros arbre de l’humanité.

L’on va en se développant dans la vie passant de présences en corps différentes. Là où, chacune de ces présences porte en substance, un champ du possible à vivre, face à cet environnement qui façonne ce corps. C’est une réalité fondamentale, le corps est de toutes les façons endémiques. Il est fait de son environnement. Il est en somme la mémoire de cet environnement. Est-ce qu’une mémoire nous possède? Est-ce que nous possédons une mémoire? J’irais même jusqu’à demander: est-ce qu’une mémoire se possède? Ou plutôt, nous accorderons nous à dire qu’une mémoire se vit, qu’elle se cultive, qu’elle se soigne. C’est comme un jaden kréyol, c’est un corps d’ensemble qui est le conservatoire d’une culture, à savoir une spiritualité et une pratique de la vie en morne. C’est un corps-mémoire comme le corps-nègre.

C’est au sens de la nature, cette marche qui va dans le vivant de génération en génération, l’espèce s’adapte à l’environnement. Ce dernier lui-même s’adapte à ce corps. C’est une inclusion qui ouvre à l’éclosion d’une culture. Elle même est la conscience de ce qui est de l’intention de cette culture, vivre ici avec, par, pour ici. Vivre libre en possession de ce corps-nègre désormais inviolable.

La marche de l’humanité est celle-là. Celle de l’environnement qui n’a de cesse de s’adapter à ses propres aléas. Telle est l’humanité qui se révèle dans son sentiment, par la vibration fondamentale du corps-nègre.

Mon corps est le chemin. J’y vais pas à pas en gardant chaque pas gagné, dans l’avancé de l’esprit par l’âme, dans la prise de possession de ce corps. Il va lui même sa nature d’un chemin de croissance qui va vers l’inexorable passage.

Alors, à chaque pas gagné s’inscrit en la mémoire de mon corps, la prise, son mouvement, son senti et son ressenti, ce sentiment de vivre, du tribiché sé bèl pa… je rive mon corps dans l’aléa de lui-même. Comme par la métaphore d’une yole, je me livre en corps à l’équipe, tenu au fil de l’équilibre dans le mouvement d’une harmonie précaire à flanc de vagues atlantiques, dans l’écume plus salée du sud dans la houle du nord, tenu du vent appuyé sur ma voile, je suis dans un faire corps ensemble. Waw quelle écoute… Le corps qui écoute est dans le tout. C’est tout.

« My Body for Me Now »

Voilà le slogan, de cette vision politique qui voudrait bien sortir éruptive. Demandant à qui formule nos revendications de descendant de tout ça: « Et nos corps? »

Comment pourrions-nous formuler ce slogan en corps? « My Body for Me Now »

Une sortie de ce corps-fatigue, celui de la fatigue, celui qui nous fatigue, quand la fatigue en corps à atteint l’âme et pollue l’esprit d’une illusion de fatigue. Alors là, c’est l’épuisement. Le gouffre.

Comment je pourrais vivre de Nature sans être capable de l’entendre, en moi cette nature qui réclame de vivre?

C’est l’histoire d’un grand Monsieur qui passe près de nous. Alors que je suis assis avec un frère sur le malécone pour une conversation méditative. Lassive est sa démarche, son regard ne quitte pas un point là-bas; vers lequel, il va imperturbable tout en donnant l’impression d’être fondu dans le tout.

Ensemble avec le frère, nous le considérons sans contraindre notre conversation à s’arrêter pour autant, nous le saluons de la tête et échangeons un sourire. Notre conversation va traverser plusieurs lieux de nos fréquentations actuelles, révélant à chaque fois, des questionnements en corps, de ces expériences de vie qui participent à notre cheminement.

Traversant alors: les thématiques de la jeunesse et du rapport intergénérationnel, la question du mawonaj actuel, le lien et le rythme du travail salarié, les relations sociales et leurs hiérarchies perfides, les relations d’amour et la présence amoureuse en corps, la place de l’intime dans la relation à l’autre, et le construit poétique de tout cela; et puis, nous étions sur le corps nous demandant: Comment interpréter le mouvement de la vie en corps? Le Cercle ou la spirale?

Et, nous en vîmes à nous demander: comment sentir le corps lorsqu’il entre dans ce mouvement d’harmonie? Comment adjoindre le senti et le ressenti dans un même mouvement du vivre que l’on nomme l’harmonie? Alors, nous nous sommes mis d’accord sur la place fondamentale de l’intention de nos gestes dans tout vécu.

Prenant un exemple illusté: « je me lève et prend de la distance avec le banc, où nous sommes assis. Je m’y sens bien. Il fait bon et la mer est lwil en même temps que la marée est haute. Tout va bien. Il y a des amants, des parents, quelques couples, et des groupes unisexes de jeunes qui passent en convention diverse. Je me sens bien.

Debout en face du frère, je lui dis: « si tu vis en proie au fatalisme que véhicule le système, et donc que tu vis complètement intègre à la société du risque. Tu seras en proie à une peur et à une attention de tous les instants, guêtant le risque ultime. C’est en somme une société de la mort.

On prend le tribiché sé bèl pa. Tu arrives comme j’arrives là (et je fais l’action en mode cascadeur), je trébuche et me rattrape inextrémiste sur le banc. Me redressant, me mettant assis, et me relevant tout en répétant: « Manman, mwen mantjé mò… way, j’aurais pu mourrir… » Développant en me projetant sur le pire qui aurait pu advenir.

D’un autre côté, on reprend le tribiché sé bèl pa. Tu arrive dans une intention positive de vivre. Tu es hors du système en cet instant présent, tu vis le plaisir du choix de cette rencontre, j’arrive comme j’arrive là (et je refais l’action en mode cascadeur), je trébuche et me rattrape inextrémiste sur le banc. Je m’assois en mode cool attitude c’est comme un style, je tjèk et entre en discussion, profitant de la joie de la rencontre pour dire: « je suis tellement content de te revoir que j’en ai même trébuché pour arriver. Fout sa bel! » »

Tout va bien.

Nous continuâmes notre conversation, jubilant de la démonstration quelque peu théâtrale. Quand au moment où nous parlions, il y a cette histoire avec le grand monsieur qui revient. Lui dressé au bout d’une péninsule artificielle et minuscule. Mais bon, il est au bout de là. Et moi, cherchant le moyen de dire ma pensée, je le vois, finis par le regarder, il m’entraîne, je comprends, j’entends sa respiration. Là, j’interpèle le frère, en lui demandant de regarder au profond ce grand monsieur. Regarde comme il est dans la kadans avec ce mouvement de ses bras, de son buste, sa tête, un rara… il est là dans un mouvement qui entre en harmonie avec le lieu et sa vibration… Ce grand monsieur s’arrête. Il se déplace à l’autre pointe de cette petite péninsule du malécone. Il reprend son mouvement dans la même harmonie. Le frère alors lance: « Ay, tu as vu, le mouvement ne s’est jamais arrêté. »

C’est donc cela, la kadans: un mouvement qui est dans l’harmonie, qui est tenu d’une intention de tendresse, une intention d’amour, une intention de joie douce… une intention de vivre… ce grand monsieur repasse devant nous, il repart d’où il est venu… son mouvement reste là dans la spirale de la mémoire du lieu. Celle qui en lui est vibration au coeur du senti et du ressenti, qui en ce lieu est la vibration de sa présence entrée dans celle de la réalité du lieu, et de notre mémoire collective à tout les présents sensibles au vivre…

Alors, nous en vîmes à parler de cette société du travail salarié. Nous nous demandions: à quoi cela pouvait rimer de nos jours, à notre état de conscience collective, sur la réalité sociale de l’humanité, dans sa globalité.

Nous avons même à évoquer les tentatives relatives à la société de l’activité et celle du temps libre, pour nous dire qu’au final ces tentatives d’alternatives ne convenaient par vraiment.

Il nous paraissait sur le moment que la référence du temps comme valeur de la qualité de vie et de notre force de travail, ne devrait pas avoir tant de place dans notre assimilation. Se devant mieux d’être une référence. Nous descendants d’esclaves demandons: Pourquoi pas une société du geste libre, un société de l’activité essentielle? Une grande sortie du superficiel qui sert de produit d’appel, pour attirer et inciter les esclaves, à s’inscrire volontairement sur les listes de leurs géreurs. La société serait alors une grande habitation?

Corps du radicale positivité contre la « banalité du mal »

Le corps-nègre se peut d’être au fondement d’une philosophie politique qui refuse la « banalité du mal ». Refuser lorsque le mal, la méchanceté et la violence sont institutionnalisés. Cela entraînant la servitude malsaine, faisant que par l’illusion d’une sorte d’ensemble de nous-mêmes abstrait, une légitimité basée sur la domination, soutenue par la coercition légitime du rationnel légal; un tout circulaire qui octroie un pouvoir à certain de posséder le corps des autres de l’ensemble au pacte social tronqué.

Le corps-nègre est celui qui refuse cette condition politique. Celle de l’anonymat, de la centralité, de la promiscuité, de la confiscation de soi, son intégrité menacée par la vision du mérite du système à l’ascension sociale, la discrimination positive qui ouvre et se fait moteur d’assimilation. Le corps-nègre se soustrait de ce système du mal banalisé. Il s’en libère, s’émancipe de la blanchitude, de sa réaction noire, pour entrer dans la négritude. Celle de la radicalité de la positivité. L’esprit positif radical dans la relation au corps, le prend tout entier.

Celle radicalité dont il s’agit n’est pas l’apanage d’une discipline et d’une identité-position. Cette radicalité est la façon dont se fonde l’intention même. Celui du sentiment. Celui qui est au fondement lui-même de l’écoute du corps et de son identité-relation.

Ainsi, est-il question du sentiment d’humanité qui ne saurait autrement être que l’amour. L’amour en simplicité et en singularité. « Petit, j’attribuais une proportionnelle à l’organisation sentimentale de mon coeur. Et puis, un jour j’ai eu en senti et ressenti, une sensation qui décrivait cette faculté qu’est celle d’aimer chacun de tout son corps pour ce qu’il est avec nous dans la relation. Je compris alors l’infondé de la possession qui biaise parfois notre sentiment amoureux. Aimer tout le monde, conscient de la destination du cheminement avec l’autre. D’où allons-nous? Allons ensemble? »

Le corps-nègre s’évade de la cité moribonde qui organise la colonie en habitation, dans morne trouvé son harmonie à vivre à l’intention d’amour, en mawonaj.

Le corps-nègre à comme problématique de philosophie politique: comment dans le civil est-il question que le citoyen possède son corps? Comment dans cette société du markéting, où le corps est dépossédé par la création de désir superficiel, par création virtuelle d’un simulacre du réel, vendu idéal, sans risque avoué?
Comment cette société individualiste, où le collectivisme est biaisé par le dominant-dominé, cultiver les valeurs de la famille et son rôle central fondamental, dans l’apprentissage du langage sentimental? Alors qu’elle est elle-même proie et actrice du mal banalisé?
Comment dans cette société du savoir, l’ignorance nous fait tant souffrir en corps? Comment dans cette société libérale, l’économie nous consume de notre moralité, de notre empathie naturelle, de notre sentiment d’humanité et de notre banalité sociale?

Courrons toujours, un jour nous intéresserons, un jour nous nous intéresserons. Le corp-nègre par une forme de mythologie, créé une source à une philosophie politique. Cette dernière se fonde sur les acquis spirituels et pratiques du vivre le corps-ensemble, dans son corps-environnement depuis ses origines.

Corps-nègre au mawonaj primaire ici, du Ladja au bèlè, lakou, peuple-famille tout nous dit: « My Body for Me ».

My Body for Me

Oui my body’s soul m’a dit être le fruit d’un mawonaj
Des gestes au corps fatigué du labeur en servitude
D’une vie en habitude qui se survie en foultitude
Sous l’échelle restreinte d’une ascension anthropophage

Oui my body’s soul m’a dit être le fruit d’un mawonaj
Un geste mouvement de conscience dans l’espace nature
Une libération dans morne au rythme du tanbou sûre
Le corps se prend en initiation d’un langage au fur et à mesure
Du Ladja au bèlè lawèl-la ka ouvè lavi an péyi saj

Oui my body’s soul m’a dit être le fruit d’un mawonaj
Nos pieds ont marché longtemps nus
Ce n’est pas parce qu’ils marchent en chaussure
Qu’ils marcheront plus loin ce mawonaj.

 

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