« La victoire nous sera acquise comme nous acquerrons notre sagesse tout au long de notre pèlerinage de patience. » Malik Duranty
« La patience de la réalisation des oeuvres de l’inspiration »
« Thérapeu’Trip » un album qui rime avec cheminement pour l’artiste-chanteuse Nayah. Elle nous offre à coeur ouvert un temps de partage sans masque social. Inspirée est-elle dans sa démarche de tous les aspects de son humanité. C’est un album de sincérité.
La bohème est un espace-temps où l’on est heureux. Un espace-temps fait de nous, par les biais que nous utilisons pour que notre perception construise une réalité du bonheur.
Souvent, par le fait du sens commun, cet espace-temps est en proie à une représentation nostalgique. C’est-à-dire que l’on se le représente comme un temps perdu dans un espace désormais vétuste. Ainsi, il nous réclame de bouger, d’animer notre vie, d’entreprendre un cheminement intérieur. Souvent, hélas imagine-t-on que le bonheur est lié à une perception simpliste d’un passé où, il fait bon se réfugier par remontée mémorielle. La mémoire et sa sélectivité lorsqu’elles sont confrontées à la perception des difficultés du présent, sont pourvoyeur de changement.
Alors, « Thérapeu’trip » est ce voyage intérieur qui trouve son intention dans le passé, réclamant le changement, le déplacement de point de vue, pour revenir au présent du champ du possible de construction d’une perception et d’une représentation du bonheur, faisant renaitre la Bohème de notre vivance. C’est en quelque part notre perception du passé formulé en mémoire qui fonde les principes de notre changement rimant avec métamorphose.
C’est dans ce sens que nous envisageons la proposition philosophique de l’album « Thérapeu’trip ». Un voyage thérapeutique qui a pour destination le présent. Cela par des incursions dans le passé qui à travers les chansons choisies de cet album, préparent à la dialectique psychique en soi, de son devenir au présent.
Jazz en dialogue avec la musique des îles
Il est le jazz cette musique prenant naissance au dialogue entre le continent américain et les îles de la caraïbe. Sa naissance est au coeur de la communauté nègre américaine. Elle, à l’époque, est victime de ségrégation, d’où résulte une forme d’insularité dedans une réalité continentale.
L’idée que le jazz dialogue avec le reggae, les musiques latines de la caraïbe et la musique créole des Antilles est le fruit d’un phénomène de régénérescence comme cela se produit dans une mangrove. Des îles au continent, du continent aux îles, il est un dialogue fertile fondé sur l’approche fondamentale de l’art africain, son intention et son utilité culturelle au quotidien. Telle est la démarche de Nayah dans « Thérapeu’Trip ». Ce qui fait que l’art ici recèle une vocation cathartique. Ainsi, cette magie de la fusion musicale est au fait de l’inspiration et du savoir-faire de Guy-Marc Vadeleux et ses comparses.
L’utopie se situe donc là où, la Caraïbe et son caractère poétique formule l’archipélagique, par le fait que ses arts y prennent pour symbolique opérante d’être la mangrove de l’humanité.
« Thérapeu’Trip » suggère alors une démarche cathartique pour guérison, par le fait d’assumer et d’assurer la créolisation féconde qui donne naissance à une œuvre rhizome.
Guérir de l’atroce histoire « de masses d’intolérance » du continental. Cela en œuvrant à la dynamique voulant mêler, créoliser les fruits de notre ouverture aux autres, au monde, tout en dénonçant les effets néfastes de notre mimétisme au continental occidental et renforçant nos trouvailles des particularités aux effets thérapeutiques menant à la paix et la tolérance.
Trace dessinée de l’album « Thérapeu’Trip »
Voyons ensemble la trace dessinée par les titres de cet album que Nayah et Guy-Marc-Vadeleux nous proposent.
Tout d’abord, il est le titre « Destinée » qui replace Nayah dans sa lignée, pour une perception identitaire faite du legs des ancêtres et anciens, par le principe de nature faisant que nous nous transmettons des formules de résilience, nourries par une réalité culturelle toujours à décrypter. Ainsi, sommes-nous guidés par l’inspiration dans un référentiel de repères fait de femmes-symboles de luttes et de propositions au vivre libre. Il y est des Femmes contributrices aux métamorphoses nécessaires à l’évolution de l’être et sa communauté.
Ensuite, trois titres : « Illusion de démocratie », « Ma cité va craquer » et « Madiba » constituent une trinité éclairant la prise de conscience véritable du monde dans lequel se configurent les champs du possible de trajectoires socio-culturelles. Cela en nécessité d’une affirmation identitaire de l’individu au collectif motorisant notre quête de liberté. Cette identité est vue comme une destination, vite dépassée par l’avancement de la vie qui vit au-delà de nous et en-dedans de nous. Car, cette liberté ne peut être un idéal égoïste. Il lui faut nécessairement prendre la voie d’une dynamique collective, passant inexorablement par une construction culturelle autonomique.
D’où, vient avec pertinence le titre « Paradoxe » qui articule un discours d’acceptation du paradoxal du vécu de proximité. Là où, s’affrontent les vecteurs d’aliénation en nos réalités et leurs effets sur le vivre-ensemble. Le tout formulé est par une conclusion relative à nos choix d’actions à la fois salvatrices et guérisseuses. Faut-il alors accepter le paradoxal de l’actuel pour le dépasser. Vient alors, le titre « Sé wou ki sav » qui remet la notion de la connaissance par amours, au centre de l’intérêt du vivre. D’où, la force du sentiment d’humanité cher à Garvey dans le lien humain nécessaire à l’empathie et la solidarité. Se connaître par sa propre démarche. C’est connaître et ressentir l’autre dans l’environnement naturel qui nous a créés à toutes ses dimensions (flores, faunes et humanité).
Une dynamique de création collective pour créer Thérapeu’Trip
Et alors, entendons venir le titre éponyme de l’album « Thérapeu’Trip » qui se veut être un manifeste de notre guérison souhaitée, en continuité avec celles conquises par ceux qui nous ont précédé. Cela en ouvrant des espaces-temps de bohèmes relatifs aux métamorphoses régénérant à chaque foi, nos acquis du vivre-ensemble libre aux trois dimensions de l’être (Kò, Nanm ek Lespri).
En conclusion, Nayah nous chante « Sa ki tann » en un reggae old school dans les règles de l’art. Ou ni pou tann sa ki ni pou tann pou konprann sa’w ni pou tann. Vient alors une approche profondément philosophique et spirituelle du tann : nous au présent de la présence, nous sommes à l’écoute. C’est ainsi que se manifeste notre respect.
L’album Thérapeu’Trip est le fruit d’une démarche de création musicale originale, portée par l’intention de Nayah, réalisée sous la direction artistique et musicale de Guy-Marc Vadeleux et par la collaboration fraternelle avec des musiciens chevronnés tel que Linley Marthe et Sonny Troupé, Cindy Marthely et l’auteur Malik Duranty.
C’est donc le fruit de l’art de chacun qui entre parfaitement dans l’air de notre temps. Celui que réclame notre présence au présent.
Pour conclure, entendons de Thérapeu’Trip :
Que Nayah contribue, à travers ses titres du Thérapeu’Trip, à ce voyage de guérison. « Destinée » ode à la femme vaillante ; « Sé wou ki sav » au créole du sentiment d’une vie mêlée ; « Thérapeu’Trip » appelle au voyage intérieur et initiatique ; « Madiba » hommage à une vie monumentale à l’entendement de la paix et de la non-violence ; « Paradoxe » une clarification de l’état d’être ; « illusion de démocratie » face à la vérité une du continental ; « Ma cité va craquer » dénonçant l’effet du mimétisme à l’urbain et ses effets sociaux ; « Sa ki tann » au coeur du dialogue de la paix et l’activisme à l’Amour universel : l’arbre aux fruits que nous nommons « Sentiment d’Humanité ».
« Bèl jé ! J’ai toujours pensé, après avoir analysé l’évolution harmonique, rythmique, mélodique du Jazz, qu’il s’agissait d’une longue lutte d’émancipation… une quête de liberté ! Et c’est cette quête qui nous attire tous vers elle… cette dynamique nous mène vers le Tout-Monde, cher à Glissant… » Chawly Duranty


























