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Astrid Sipozé (Retour d’expérience Projet Co...

Astrid Sipozé (Retour d’expérience Projet Collectif de la DGA5 Solidarités DAS C2)

Dans le cadre de la mise en place d’un Projet Collectif avec la Circonscription Centre 2 Fort de France de la CTM, une approche pédagogique particulière fut entreprise; celle usant de l’art et la culture comme levier d’intervention sociale et éducative.

En effet, en relation avec les responsables du projet à savoir Mademoiselle Glawdys COURSIL (Conseillère économie sociale et familiale) et Madame Guylaine PAINGRAY (Assistante du Service Social), nous avons entrepris, de réaliser un support pédagogique particulier, dans le cadre du projet collectif intitulé « J’éco… nomise au quotidien ». À savoir, l’écriture d’une nouvelle poétique et sa réalisation en version papier, ainsi que sa mise en voix pour un format livre audio.

« Une main à la douceur et la chaleur de l’expérience d’amour, une main sage qui l’accompagne.

Je te disais ma fille. Potomitan sé ko sa Nou yé. Nou ka tjenbé kay-la doubout èk Nou ka fèy viv. C’est nous qui mettons de la beauté, du rythme et de la musique, de la tendresse et de la rigueur. (…)
Un silence s’installa. Man Dou dit encore:
« Ce qu’il y a de merveilleux avec un potomitan, c’est qu’au départ, tout repose sur lui, et que la vie du carbet se faisant, le potomitan dévoile qu’il repose lui-même sur tout. » » **

L’objectif de la démarche étant d’animer un atelier à partir de ces supports.

L’atelier qui lui s’intégrait à une série d’autres interventions et d’autres approches donc. Le tout révélant une certaine cohérence. Il était question de mettre en place des ateliers permettant la naissance d’un groupe intégré. Permettre aux bénéficiaires de s’outiller, tout en créant un réseau entre elles. Remarquons tout de même que beaucoup des ateliers avaient pour destination le corps sous différents aspects. Le soin au corps, le corps qui fabrique, le corps qui consomme, le corps qui danse, le corps qui se pense, se panse (découvrir et guérir) et s’organise. Tout cela constituant un parcours social et éducatif pour les bénéficiaires.

La thématique de l’atelier est celle de l’organisation au quotidien par l’économie. Celle qui au sens sociologique du terme, considère les échanges symboliques ayant lieu dans notre quotidienneté. Les bénéficiaires de ce parcours social en projet collectif, sont pour la plus part des femmes, des mères en grande vulnérabilité affective et sociale.

Cet atelier devait donc leur permettre d’interroger les différents freins et ressorts stratégiques issus du champ du possible organisationnel et relationnel qui s’ouvre à elles au quotidien. C’est-à-dire, d’interroger leur pratique, leur attitude, leur posture, leur humeur relationnelle, leur ouverture à la rencontre, leur intention au quotidien. « Qu’elle représentation, je me fais de moi-même, de ce qui m’entoure, des autres, de ma responsabilité, lorsque je m’interroge sur le fait que j’assure ce que j’assume? »

Ce quotidien porte en son sein des éléments de débat autour de la femme, les représentations inhérentes à sa reconnaissance sociale, l’organisation de son quotidien ainsi que l’organisation de son réseau personnel. Une journée cheminement d’une femme comme les autres.

Ainsi, vit le jour l’histoire d’ »Astrid Sipozé ». Elle devait permettre d’aborder les différents aspects de l’organisation quotidienne. « Astrid Sipozé » passe par cette histoire exceptionnelle, qui rime avec cheminement, en rite de passage d’une rive à l’autre de sa vie.

« En tant que professionnel, c’est la première fois que j’ai pu intégrer cet atelier dans un projet collectif: « utiliser le domaine de la sociologie à la recherche d’un outil pour la promotion de la personne. »*

« Cet atelier a permis de satisfaire une certaine, curiosité à savoir comment les paramètres de la société interviennent dans la vie au quotidien, et ainsi conditionnent un comportement. Ma curiosité portait également sur le « comment faire? » Et quel pouvait être le « rendu », l’impact auprès de la population que nous accompagnons. » *

Il fut donc question pour l’auteur, de développer l’histoire sur une journée assez exceptionnelle, pleine de rencontres, de dialogues intérieurs comme extérieurs, pour notre héroïne. Ainsi, cette nouvelle poétique permet de vivre, un vrai cheminement initiatique, avec le personnage principal. Elle qui partage avec nous des parts de son vécu, en témoignant dans son cahier intime. Ce qui permet d’aborder un certain nombre de problématiques, à la fois relatives aux représentations sociales chez la femme, autour de la femme, celles dans la vision féministe; et aussi relatives à la tradition relationnelle entre les femmes et la dimension profonde de la solidarité qui les soutient dans leur liberté.

Une démarche et des modalités d’écriture qui nous rapprochent d’ »Astrid » au fur et à mesure. Nous vivons l’histoire à la distance du narrateur et de l’intérieur de ce qu’Astrid se dit à elle-même dans son cahier. Une nouvelle poétique qui, comme un conte, permettra aux participantes de l’atelier, de se questionner sur les différentes étapes de développement de l’histoire, et donc du cheminement du personnage principal. Et aussi, de s’interroger sur leur propre vision au sein de leur organisation quotidienne respective; et de part, le témoignage prendre part à un échange de pratiques et de visions sincères.

« Bienveillance (…) Les femmes d’ici ont une affection naturelle entre elles. Et l’amour est une proposition plus qu’une demande. C’est un don plus qu’une offrande. L’amour ne sacrifie rien… il stimule tout: solidarité, sensualité, fertilité guérison, intention et expression. Il est la liberté.

Nou sé rasinn kas, pliyé mé pa kasé »**

Support supportable: question d’attention et d’accessibilité

« Le support utilisé, à savoir la nouvelle poétique « Astrid Sipozé », dans sa version multimédia a à notre avis répondu aux attentes. Cela en ayant pris soin de chercher la meilleure adaptation du support par rapport aux bénéficiaires. Ce qui donna lieu à: un outil « incarné » et personnifié par l’apparition en filigrane de photos des membres du groupe, toutes ensembles ou en action. Ce qui fut rajouté à d’autres types d’illustrations. Cet aménagement par rapport à l’outil initial, aura permis à chaque membre du groupe de se projeter plus aisément; et ainsi, se sentir plus impliqué, accroché à la nouvelle poétique mise en rapport avec leur propre vécu. « *

Au départ, s’il s’agissait de réaliser le manuscrit et la version audio du conte poétique « Astrid Sipozé », l’expertise relationnelle des responsables du projet collectif nous a mené à l’idée de réalisation d’un support multimédia pour mieux accrocher les bénéficiaires.

« Il fallait pour ce public, un support plus complet en sus de l’audio et de l’écrit; sommes toutes quelque de plus accrocheur. Cela sous tendu au fait de la durée du livre audio. Le support permettait, semble-t-il dans ce cas, d’être suivi plus aisément. Les bénéficiaires ont pu plus facilement se détacher des problématiques qui, au quotidien leurs envahissent la vie. Les images peuvent ainsi dans ce contexte les aider à se centrer, concentrer, pour mieux écouter, comprendre et analyser. » *

D’un commun accord, le rajout d’éléments visuels relatifs à la diffusion en atelier de la version livre audio, fut décidé par tous les acteurs pédagogiques du projet. Cela objectivait le maintient de l’attention des participantes à cet atelier. Ainsi, un visuel fut réalisé liant des photos d’illustrations. à des photos prises des ateliers précédents (mettant en scène les participantes) à des photos de toiles, de paysages et autres.

« J’ai pu observer la réaction des participantes. Il semble qu’aucune n’ait trouvée cet atelier ennuyeux, rébarbatif ou moralisateur. Pour une première, il était important d’observer sur les visages: des implications, des interrogations, des prises de décisions… Qui par la suite ont été reprises dans le débat qui a suivi la projection.

Ce sont les membres du groupe qui le « font vivre »; c’est-à-dire animent, donnent une « âme » à l’atelier, par ce qu’ils en font. Je crois que ce jour: oui, les bénéficiaires se sont appropriées l’espace, parce qu’elles ont été invitées à le faire par l’équipe encadrante, le professionnel qui intervenait, le support utilisé. Il y eut une synergie de toutes les composantes pour que cela fonctionne… Dans la transmission du savoir (le support, le débat), le savoir-faire (professionnels présents, intervenant, les participantes) et le savoir-être (la vie du groupe). » *

Tant et si bien que suite à la diffusion du support médiatique, une discussion fut déclenchée. Tout de suite allant à l’essentiel de ce qui devait être traité ici. Car, peut-on se rendre compte que ce sont surtout certaines représentations sociales amplifiées de l’isolement social qui, entrainent l’abandon de certains rites et aspects organisationnel au quotidien. La fatalité sociale, économique, culturelle, atteint la dimension spirituelle et ce constat est plutôt clair. Cela menant inexorablement à un isolement qui rime avec difficulté de vivre certaine relation et lien psychoaffectif.

« L’intervenant a été à l’écoute, il a pu s’adapter au public, s’impliquer… « Mouiller sa chemise » se dévoilant un peu en témoignage, tout en gardant de la « distance ». Si on peut parler de distance professionnelle nécessaire, cela implique un savoir-être tout simplement. Sur la dizaine de participantes en sus des collègues, il y en avait qui intéressées et ravies; et puis, certaines qui ont eu des réactions particulières. Disant par exemple: « … C’est dur d’entendre une certaine réalité à partir d’une fiction. » « … Je suis un potomitan, mais je ne le suis pas par choix… » témoigne une des participantes. Toutefois, ce qu’elle entend, comprend et apprend: « oui certainement, tu l’es de par ton histoire, tes choix… mais pas toute seule; et puis, on peut ne pas subir. On ne doit pas subir mais agir. Et cela, dans tous les domaines: amour, consommation, éducation… dans la vie au quotidien. » *

D’où le fatalisme qui s’installe, et une fragilité difficilement supportable qui se manifeste au quotidien. Ainsi, cette histoire sans époque soulève bon nombre des questions relatives aux aspects traditionnels, voir folkloriques de la culture de la femme; mais aussi, des questions relatives à des aspects plus modernes se résumant à des postures (dites féministes) et à l’usage des nouvelles technologies. Cela permis même l’abord de la relation aux hommes, ainsi que le questionnement des diverses représentations sociales de ces derniers.

« (…) Tes propres croyances. Celles dont tu as besoin pour vivre ton expérience de vie par ta vision inspirée…

C’est la manifestation de ma féminité autant que ce côté maternel qui nourrit l’intuition féminine. »**

« Passer du mythe à la réalité; de la réalité au mythe ».

« Le fait que les familles participantes puissent prendre de la « hauteur », « se décoller » du quotidien et regarder leur vécu, à partir d’un support élaboré à leur intention, visait à leur permettre de se questionner sur leur propre vie, et de les amener à une prise de conscience. (Si ça n’avait pas déjà été fait). Cette démarche pourrait être aussi selon nous un travail d’histoire. La vie sociale ne serait pas le fruit du hasard. Il est nécessaire de se questionner, de faire le point, se poser pour mieux s’orienter.

Une prise de conscience nécessaire puisqu’elle permet de se positionner et non de se « victimiser ». Un changement de regard dans l’optique de se restaurer. Un changement qui serait participatif dans la constitution ou la reconstitution d’une identité altérée ou écorchée par les difficultés quotidiennes rencontrées. »*

En filigrane et transversale à tout ça, nous avons abordé la question du rapport à l’enfant, de la nécessité des rites au quotidien dans l’éducation des enfants. Donner sens aux repères qui sont des genres et des types de relations. « Un Parent est parent de la cité ». Replacer dans son contexte une certaine tradition de coéducation. De même que replacer ces femmes dans un contexte de confiance en elle pour vivre la relation à l’enfant. Un parent ne peut s’isoler des enfants, de tous les enfants. Car, la parentalité, c’est une relation importante. Elle se manifeste par la présence et constitue un repère par le présent relationnel. Alors cette relation parentale est une relation de proximité se faisant de reconnaissance et d’intimité partagées. C’est une relation qui se vit consciemment ou inconsciemment: on est parent de ses enfants, et parent d’enfant tout court.

« L’amorce d’un changement de regard, d’une prise de conscience, même si le travail reste encore à faire. C’est là tout l’intérêt du professionnel qui travaille avec cette population en ce sens. Reprendre la maîtrise de sa vie, connaître les paramètres qui interviennent, et sur lesquels il serait possible d’agir ou pas (même au travers d’un outil créé). « *

« C’est comme si toutes les fleurs
Se feraient une huile pour ta beauté,
Toutes les terres d’argile aussi
Les légumes, les agrumes
Toutes choses l’essentiel de la nature de flore
Se fait ton allié à la conquête de la beauté éternelle
En chacune.

Quand à l’oreille,
Tu me chuchotes un poème d’envie
Illustré par les goûts irradiants l’atmosphère
D’une odeur d’huile de ricin agrémentée de jasmin,
La fin du jour est humide
Et ton corps ondule
Comme une chevelure au vent
D’un espoir de plaisir au creux des reins. « **

Un bel échange qui a généré beaucoup de proximité entre tous les participants.

Sachant que plusieurs membres du personnel ont rejoint le groupe par la suite pour partager l’atelier, cela n’eut aucune incidence sur la tenue du Dialogue engagé avec l’auteur.

Fut-il appréciable et de bonne facture de mettre en place cet outil ? Nous répondrons oui. Car, le climat de confiance développé par la conseillère en économie sociale et familiale et l’Assistante Sociale, a largement favorisé l’introduction du support et contribué à son utilité.

De même, ce climat fut par le support, générateur d’une proximité établie lors des échanges basées sur le témoignage « Astrid Sipozé ». Quand vient le moment de l’analyse des conclusions de l’anecdotique (l’empirique populaire et personnel), vient le moment de la métamorphose.

« L’usage de la nouvelle poétique « Astrid Sipozé » apporte une nouveauté dans la façon d’aborder les actions collectives. Les participantes peuvent se familiariser avec les différents supports pédagogiques. »*

Cet atelier qui participait à la mise en œuvre d’un projet collectif, fut de bonne facture et nous permet plusieurs constats:

  • La sensibilité des publics dits en grande vulnérabilité sociale et affective à l’art et la culture
  • L’opportunité de tel usage dans le cadre des projets collectifs
  • L’opportunité du projet collectif dans l’accompagnement de ce public
  • L’importance du dialogue dans la démobilisation sociale
  • L’importance de la complémentarité des acteurs

 

Nous espérons que dans un prochain article, nous pourrons développer sur la question de l’opportunité du Projet Collectif et de l’usage de l’art et la culture comme levier d’intervention social et éducatif en son sein… Car, de même qu’il s’est agi de créer un outil à vocation pédagogique par une démarche et une production artistique pour cet atelier. Il est probant de penser que cela a servi de sensibilisation à l’art et la culture. Ce public qui s’il se trouve bien souvent éloigné des institutions , l’est tout autant des domaines de l’art et de la culture. D’où, nous espérons que cela donnera le goût aux bénéficiaires de profiter d’avantage de ces resources non des moindres dans le processus d’épanouissement et d’émancipation de l’être en société et en lui-même.

Merci encore à l’équipe de la circonscription centre 2 du service social de la Collectivité Territoriale de Martinique.

*Note: les passages en italique sont des citations issues des questionnaires d’évaluation qualitative dûment remplis par les professionnels de la circonscription.
**Les passages centrés et en italique sont des extraits de la nouvelle poétique intitulée « Astrid Sipozé »

Téléchargez le Pdf de l’Article ici: Action Collective J’éco… nomise

Ps: Vous pourrez prochainement à l’entrée du Carême retrouver le Livre numérique et livre audio intitulé « Astrid Sipozé »… 

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  1. Christina Duranty

    14 février

    Très bel article! Vivement l’arrivee du Carême pour pousser un peu plus loin… Merci d’avance à tous pour cette exploration de soi. L’article et les citations nous pousse à la réflexion, sur l’importance d’apprendre à se connaître soi-même, cheminement vers une vision plus universelle de l’humanité.
    Il me donne l’envie de continuer l’analyse d’instrospection,pour aller plus loin dans le questionnement,et ainsi permettre sans nul doute maintenant ,de développer notre capacité à s’accepter en passant par la conscience de notre corps et de l’esprit. C’est une belle expérience émotionnelle et sensorielle, un voyage sans jugement, sans préjugés sans l’égo qui nous barrent l’accès à la compréhension du qui suis_je vraiment?
    « Le journal intime » traces écrites ou mentales nous aide à récapituler le quotidien, une sorte d’examen de conscience ou je préfère dire arroser la graine de son jardin,ainsi elle donnera une plante,un arbre qui donne à son tour des fruits..

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