Tjenbé bèl pou viv-li bien...
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Ma Négritude en Kréyòl Konté

Ma Négritude en Kréyòl Konté

 …Kréyòl Konté…Ka Monté Monn Lavi-a…

 

 

Yé Kri Yé Kra

Oh ! Comme je me suis interrogé sur le conteur ; cherchant dans la veillée, dans la pawol, dans l’histoire de la condition de l’habitation et celle des Mornes et razié ; j’interrogea l’art de cet anonyme dans le visible ; alors que lui sage, professait.

Aujourd’hui, je comprends que la libération n’eut pas lieu le 22 Mai… Elle commença au commencement même de cette ignominie. Elle commença avec le premier survivant et renaissant à vivre Nèg Mawon des Mornes et des Mangroves. Elle commença avec les premiers simawons.

Alors, j’ai mon mythe en moi. Lui représente ce que je me sens vivre en descendance de cette épopée.

Kri Kra

J’imagine cette rencontre dans l’abri où, se reposer et conspirer de la présence vorace du blanc. J’imagine la crainte de l’endémique pour cet exotique nègre. Mais, woukou a vu ce que fait blanc à nègre. Woukou comprend et entend l’intérêt de sauver l’allier échoué sur cette plage, roulé en fœtus au pied-racine d’un Fromager, et agrippé aux racines de Palétuvier. Le cuir de sa peau mangé par l’obscurité et la salinité de cette brûlure, va se parer du pagne de la libération…

J’imagine le sein, la main qui donne, les yeux, les âmes, les corps et l’enfantement d’une autre génération en marche. Un nouveau corps et une place légitime dans l’harmonie des lieux.

Kri Kra

Et puis, je le sens en corps lorsque la vibration d’une pawol me traverse et que je raconte. Dans mon flot, ma marche à l’époque de ces nuits. Les nuits noires, où disparaît sans crier gare, le sage. Ainsi, ce dernier faisait son passage, son voyage à l’autre monde, au delà de l’entre-monde, pour revenir ici avec une sagesse qui prend le nom des mornes. Le Morne-nourrisseur nourrissant les esprits, les âmes et les corps, en chevauchant le conteur. Pour notre Pas Sage en Corps du Nou…

Kri Kra

Oui, c’est lui, le sans nom des veillées qui conte, professant la poésie incantatoire, c’est lui qui lie les Mondes. Il est à l’écoute et à la lecture de la Nature et des Natures Humaines.

Il montait dans le Morne ; fort de sa clandestinité, couvert par tous, sont absence invisible était ignorée du Maître…

Il va à la rencontre des siens ; ceux vivant à l’abri, à vivre sur le Morne. De là, s’échangent les nouvelles, les savoirs et histoires, les outils de forme et de fond, des graines et du love…

Kri Kra

Yé Mistikri Yé mistikra

Oh ! J’aimerais que l’on célèbre le conte, lui créateur des croyances. Lui, le créer par la croyance de notre humanité unanime en corps vivant… Ici… Et, le Pas Sage du Présent de nos Présences…

Kréyòl Konté

Une langue à vivre… vivre et faire de cette langue, des langages… c’est notre engagement au digne et, notre liberté prise de nous dire NOU…

Le créole est ce lieu immatériel qui lie les membres de notre société, configurant son andidan et conditionnant son rapport à l’autre… l’environnement naturel et humain.

À l’orée de la société martiniquaise, le créole apparaît comme le possible lieu  entre les êtres en présence, ayant des catégories de personnages différents. Dès quels, certains sont admis au contact et à la relation ; et, d’autres qui eux, sont admis à une distance, par une séparation catégorielle et conditionnelle.

Le créole met en relation intime les nègres y trouvant une base alors à une construction commune permise à la création. Or, le créole est aussi le dit dialecte employé par le colon ; lui, refusant d’inculquer le Français à une catégorie meuble, sauvage, voir barbare. En tout cas, inférieure.

C’est là que la stratégie du détour octroyée au cœur du processus phénoménale de créolisation, va permettre de créer une ontologie ici pour eux : Nègre. Nèg doubout an tèt’. C’est aussi la création d’un invisible. Sa ki sav sav. Sa ki pa sav pa sav…

Le créole est le véhicule qui transporte les modalités et contenus d’échanges entre les mawons ; ceux des mornes et les nègres d’en-bas sur l’habitation. C’est ainsi qu’il témoigne d’une relation avec la culture endémique des amérindiens. Il se nourrit de leurs mots et de leurs sens de dire, pour compléter ce qui est inachevé à l’époque : le créole…

Lui, il le sera toujours… Car, son achèvement témoignerait symboliquement et factuellement de la brisure de nous-mêmes, de notre égarement par immobilité, et de notre dilution par insolvabilité ; nous incapable de nous mouvoir en harmonie avec le mouvement des mondes d’alentour et d’en dedans nous : Nou…

C’est en le créole que se créé et se recréé les symboliques de nos intentions et de nos manifestations en l’actuel, en mémoire de corps et en souvenir du dire transmis et approprié, de génération en génération et par la constitution d’une oraliture.

Le créole est le témoin de notre humanisation sur l’île. Pris pour outil de discrimination et d’apartheid culturelle, le créole devient le ligand d’une communauté qui s’en empare pour en faire une langue, un idiome anba fèy…

Par suite de la période dite de la libération, le créole va en se diversifiant, se singularisant. Rien d’étonnant, la libération rend plus fluide les déplacements désormais dans le visible, sans l’être totalement. Car, demeure cet invisible essentielle…

Ainsi, si le premier contexte créé l’ambivalence symbolique du créole et de la culture qui se forme à lui donner corps, se dévoilent le visible et l’invisible du vivre-ensemble ici ; tel que se dévoilent le formel et l’informel. Car, il est la langue clandestine d’un vivre-ensemble clandestin, destiné de la libération, par son vécu à sa propre dimension. C’est toujours un aller-vers… Une marche pas à pas…

Le créole s’affirme et s’affine de ce que les hommes d’ici s’approprient les lieux qu’ils peuvent où ne peuvent pas dire. Le créole devient alors l’obscure menace pour le colon et son establishment. Cette communauté progresse trop vite de la survie à la vie.

Alors, il s’agit de les mettre en retard (soi-disant) en les intégrant pour un bout seulement à la civilisation. On officialise la langue française. Elle qui a vocation à devenir le bourreau de notre ontologie et le bucheron de nos généalogies.

Oui, les langues sont les potomitan immatériels de tout ce qui fait le groupe. Par la langue se fait-on une idée de l’identité, la culture, le patrimoine, les traditions en leurs intentions et dimensions affectives en matière de proximité.

Le colon de sa domination s’érige par l’obligation de sa légitimation par légalisation en sa langue et ses intentions d’un cadastre qui n’est pas à Nou, qui ne peut contenir notre Nou Rhizome…

Ainsi, vient le temps de l’illusion, la suivante et non moins différentes. Le français devient le grâle qui ouvre au monde dit idéal, par et pour une ascension sociale à l’échelle de l’autre. Cela est ainsi imposé. Car, la colonisation et la démocratisation en mode république ont véhiculé ensemble des approches assimilationnistes et racistes donc, pour maîtriser une masse ignorante de sa majorité. Cela en lui imposant la condition et la croyance de son infériorité ; et, du peut-être de son accessibilité pour part à la modernité salvatrice (soi-disant)…

Or, cela se faisait hors de la considération d’une chose par le colon. Cette chose que Césaire, Damas et Senghor nomment Négritude.

La merveilleuse n’est pas tant une revendication culturelle, identitaire à souche, et socio-économique ainsi que politique, qu’elle est l’expression d’une Spiritualité. Une propension relationnelle qui ne juge ni la rencontre et son contexte ; mais qui ruse de détour pour toucher, connecter et dialoguer avec… et entendre, comprendre et témoigner. Toujours à l’écoute… du tout ensemble total et global à vivre…

Ainsi, cette négritude est le fondement de la quête du digne et de la liberté. Elle se manifeste dans la relation d’amour qui jaillit entre les nègres (l’Homme) et le pays d’ici et ses présents.

Ah lala, c’est bien Césaire qui s’empare du français pour parler créole à l’Humanité. Car, lui à compris, le nannan de la négritude, celui que Damas a vu au plus fond des milieux populaires, portuaires, parfois de misères qu’il a traversé ; ainsi que celui que Senghor a su voir des yeux autres que les siens d’un mal regarder et mal inviter, par l’Hôte le mal élevé.

Ainsi, comme à l’époque des défilés des Nations Nèg, lors des fêtes nationales du colon à Saint-Pierre, Nèg dit à l’autre : « Regardes de ta manière, je me montre tel que je suis de mon fondement humain, toujours plus humain. »

Et puis, de tout cela, se créé des ponts, des passerelles et des failles entre le créole et le français. Traduire, toujours traduire… parfois ça peu nuire…

Tant et tant que la relation intergénérationnelle devient multi linguiste à monolinguisme différent par génération. C’est-à-dire que les anciens pour la plupart à l’époque monolingue, sont en relation avec leur enfant maintenu dans un monolinguisme eux aussi. Les premiers en créole, les seconds en français. Voit-on une marche qui se voudrait faire passer la société d’une vie créole en Martinique à une vie française en Martinique. En tout cas, dans les apparences, puisque, l’histoire nous montera que cette marche forcée ne perdra pas le créole. « Pa palé Kréyòl mwen ka diw ! Tjip… Kisa ou fè-la ti-manmay ? »

Or, n’omettons pas cette ambivalence culturelle, pour observer qu’elle œuvre au conservatoire créole de notre négritude sur les Mornes. C’est ainsi que le bon est dans le fond et dans la forme du beau émerveillant. Et bien, c’est rien, c’est tout, soi à l’écoute par cœur.

Comme à travers le conte et ses thématiques préférentielles : telles que la ruse, la faim et la révolte. Elles instruisent sur les conditions de nous maintenir en source d’Amour. Car, n’oublions pas l’intention d’aimer, qui est la force-source de tout cela en nègre.

Comme à travers le jaden kréyòl et toutes ses formes créatives et adaptatives. Lui est un édifice vivant de Nature qui porte autant la symbolique de la fertilité que de la nourriture du corps, de l’âme et de l’esprit. Il est plus qu’un cimetière, il est le vecteur du passage de la survie à la vie en corps, pour âme libre d’esprit libre.

Comme à travers les organisations de Nation à celle de la pratique carnavalesque, liant deux dimensions manifestent, l’une du visible dans bakannal et l’autre de l’invisible dans Mas, c’est une liesse qui cache des rites initiatiques et des rites de passage, des familles aux groupes de la place.

Comme à travers le Bèlè, ce vaudou de nous-mêmes qui ne sera jamais la victime du folklorisme, du doudouisme et du mimétisme. C’est notre viv-li bien… c’est nôtre level spirituel de la Liberté et du Digne, nous faisant source d’Amour tout le temps.

Les années 70 sont donc héritières de tout ce cheminement. Là, s’affirme la créolité. Et, s’éclaire la conscience de la créolisation. Se lève alors les militants culturels qui placent la langue à son rang sous le carbet de notre rencontre. Ne plus avoir honte, peur et sueur froide de notre créole. N’ayons plus peur du Nègre. Il est devenu l’Homme de mille humanités contenues dans tout l’être nègre. Lui, le tout bonnement humain est à toutes les dimensions de notre mémoire.

Le créole devient alors la preuve du singulier de nous. C’est le fondement d’une méditation ontologique sur la question de la négritude. Elle qui se veut briser les habitudes colonialistes et assimilées qui divisent une descendance mêlée.

Or, notre singulier est lui-même la somme de singularités. La notre qui se construit du dialogue de notre adaptation et appropriation à celui de notre émancipation, autant que celle d’autrui. Et là, la présence de tous participe à la construction du présent d’ici. Cet actuel sans cesse changeant au jeu des présences et des absences, vient de la mémoire et du lègue encrés en corps en Nou.

D’où, l’universel, s’il est nécessaire de le considérer, est porteur en sa matière, lui-même d’une somme de particularités. Ces dernières étant d’une certaine dimension identitaire.

En effet, il est remarquable la singularité comme fond à l’identité-position telle que celle des Nations ; et, il est remarquable la particularité comme fond à l’identité-relation, telle que celle des peuples-familles de l’humanité.

L’utilisation de Peuple-famille nous ouvre à la question de la proximité lorsque l’on considère la langue. Car, son sens intéressant se trouve dans sa particularisation en langage, témoignant de la proximité, au sens de degré d’intimité et d’intention partagées.

Langue et langages créoles, voilà l’un des thèmes de problématique de notre actuel. Désormais, la langue est un édifice patrimonial immatériel ; et, elle est appropriée en langage, par le pratiquant de ce véhicule dans une relation ; de laquelle, il enrichit la langue d’un vécu et de ces mots-à-dire en témoignage.

La langue se pare alors d’éléments phonétiques variants, des sens communs propres aux ères relationnelles. Elle prend forme aussi en discours témoignant des intentions, depuis le commencement, le moment de la rencontre et de la destination à-venir ou dépassée. Lui, le langage est le témoin de la rencontre et de la relation dans un vaste continuum.

Témoin du lien

Témoin des êtres

Témoin du visible et de l’invisible

Témoin des sentiments et des émotions

Témoin du contexte et de ses conditions

Témoin d’une marche des uns du Tout-ensemble marchant…

Ainsi, peut-on observer, une telle représentation :

La langue créole est universelle, faite des particularités d’elle en Haïti, à la Nouvelle-Orléans, dans des rues du Venezuela, dans une église à Trinidad, dans des chants populaires à Cuba, à Sainte-Lucie, en Dominique, Guadeloupe, Guyane, Martinique, en Floride à Miami, au Canada, à la Réunion…

Au sein de ces particularités, il y en a d’autres à l’échelle de singularités d’en dedans. Oui, chaque pays à ses ensembles territoriaux faits par relief, climat, faune et flore, histoire et mythologie engendrant des influences sur les modes d’habité, les représentations et symboliques d’ordre environnemental et phénoménologique. Chaque groupe implanté à son voisinage et ses relations aussi témoignées dans le langage qui y prend vie.

Dans le cas de la Martinique, l’exode rural engendré par l’effondrement de l’économie sucrière, est un bon point de départ à l’observation du phénomène de créolisation de proximité et d’intimité à l’échelle locale. (Échelle que nous considérons au niveau des quartiers ; car, c’est en eux que se trouvaient une organisation et un fonctionnement à la dimension humaine d’interconnaissance, au travers des Lakou; là où, l’anonymat citoyen perd le sens qu’il porte dans les représentations sociales des catégories à l’œuvre dans l’en-ville.)

Langage, quartier et famille, voilà ce qui prend acte de la créolisation de la langue créole elle-même.

Intéressons-nous dès lors aux phénomènes d’exode qui nourrit en gens les lieux du pays. Ceux qui désormais sont habités.

Ainsi, avant toute chose, ayons une pensée pour ces lieux qui sans vivants aujourd’hui, deviennent des cimetières de mémoire où la ruine est mangée par les aléas de la nature de leur lieu perdu. Alors, une pensée pour Nord-Plage, Eyma, Monéro, Morne Pichevin, la Route de Religieuse, les dents creuses et les autres lieux vidés d’une mémoire humaine vivante.

Par vagues successives, des usines ferment, le climat social est tendu, et des hommes, des femmes et enfants, par une certaine procédure de l’informel, prennent la route. Certains vont de l’habitation au Morne ; de l’habitation à l’en-ville ; du Morne à l’en-ville, et parfois, de l’en-ville au Morne.

La circulation s’intensifie dans le pays et la fréquence relationnelle aussi. « Désann an vil, ay chèche dobann ! » Voilà la chose !

À cette époque, la Famille est une échelle organisationnelle forte, ayant valeur d’intérêt premier. Ainsi, la connaissance filiale est une richesse fondamentale. D’elle découle le champ du possible du passage de la survie à la vie.

Ce champ du possible est à la fois territorial, économique et social : au nom de la mère et au nom du père, chacun son ère : au nom de la Famille.

Ainsi, il est remarquable que les familles descendent dans le même quartier, créant ainsi une passerelle réelle entre l’arrière-pays et l’en-ville. Et puis, c’est tout un quartier qui était habité par des familles en proximité, héritée pour partie de celle des Mornes. La ville du Lamentin témoigne bien de cela, par la disparité territoriale de ses lieux de pleine et de morne.

De cela, s’expliquent les particularités des quartiers et de leurs Lakou. Les langages y apparaissent largement en témoignage d’une rencontre dans l’ailleurs et d’une relation essentielle.

De nos jours, un autre phénomène en témoigne. Encore un phénomène de créolisation, lui qui se veut en deux mouvements. L’un étant du fait qu’une société qui s’assure et s’assume de son dialogue intérieur et son en dedans par une proximité certaine, s’ouvre aux ailleurs ; l’autre étant du fait qu’une société d’accueil partage les langages des présents pour nourrir le présent des présences.

Alors, le créole dans la société martiniquaise est le témoin de notre Bélè. Cet art de le vivre bien ansanm-ansanm. Il a un caractère sacré ; car, en lui, il y a notre histoire, notre négritude et notre Bèlè. Il ne devrait pas nous diviser. Il doit continuer à nous lier… nous unir…

« Mon ultime prière : O mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge » dit Frantz Fanon…

Comme je nous le souhaite…

Car, la Liberté vit là où s’épanouit le respect; là où, s’émancipe l’Amour… An nou Rèspèkté Pawol-Nou Pou Nou Viv-li bien Lanmou… Mi lè Libèté Mi an Kò-Nou…

Bèlè révélé Kòw an Kò-Nou…

 

EÏA… Nou…

Écrit par Malik Duranty


  1. François-Haugrin/Pivert

    12 juillet

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    Merci

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