Tjenbé bèl pou viv-li bien...
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Upépo le vent conteur raconte…

Upépo le vent conteur raconte…

Télécharger la version Pdf ici: D&Y&M-Y4ième-épisode

Ici dans ce péyi, le vent ne nous quitte pas… Lorsqu’il lui arrive de retomber, tout le monde s’en inquiète… Ce n’est jamais anodin.

La vérité! I fini fèy…

Tant et si bien que lorsqu’il gonfle, c’est aussi un acte signifiant qui entre en conversation avec nous. Tous les sages le savent et prennent le temps d’être à l’écoute du vent.

Pawòl sé van. Oui, le vent est une pawòl qui dialogue avec nous… Et nous, nous produisons une pawòl que le vent emporte et distribue dans le grand jardin qu’est pour lui l’humanité.

Alors, en le personnifiant, nous lui donnons son nom swahili. Car, il est l’ensemencement de la vie qui nous entoure et celle qui vient de nous, par notre vibration essentielle.

En respiration…

C’est Upepo qui raconte cette histoire alors. On dit souvent que ses histoires sont universelles. Car, il ne connait pas de frontière. Lui qui est en contact avec les choses, sans leur laisser de traces, si elles ne sont pas d’esprit. On dit qu’il insuffle et qu’il fut insufflé à la vie par une vibration décisive. Il est à la fois le passé d’un mouvement, son présent et son futur en une foi perpétuelle et continuelle du tout ensemble.

Upepo est là en flottement; dans une lenteur duveteuse, il se met à dire, ce que tous, attentifs et concernés, ou en makwélaj, nous écoutons sans tension aucune.

Upepo parle et raconte en poésie, ce qui s’entend tel que:

« Passer d’un geste à un autre

d’un mouvement à un autre

d’une dimension à une autre

respirer de tout son corps

et aller à l’état d’âme de la libération

Libre

marcher autrement

marcher sur le pont

marcher dans le tremblement

et traverser Lésans Syèl

Vibration

il marche sur le trottoir de 15h30

Rue Victor Hugo

sur le littoral

il descend

Tranquillement

Lodè Lanmè

car, l’on monte à l’intérieur des Terres

et l’on descend au littoral Mer

il marche et descend en kadans

Swing

après le centre d’hygiène

le chausseur est rideaux fermés

la devanture et ses colonnes à miroir

reflètent plus en corps la rue

des rares passants

il marche

Ayayayo

il change de mouvement

face au reflet de lui-même

il s’admire quand se dessine

sur son visage ce signe

de l’innocent sourire de son enfance

et des flammes de ses yeux d’adulte

Quand c’est voir soi-même qui va là

Konèt fòs lamouw’la

il marche de ses âges

ce n’est pas tant le reflet

que l’effet du voyage temporel

des gestes revus

au présent de sa présence

qui dans une dimension

celle de son choix

initie sa conscience

à lui-même

Intuition

il marche et se remet à descendre

il me salue en passant

avec geste tendre

dans la cool-transe de sa démarche

I Ka wè lenvizib

son mouvement l’emporte

de cette dimension du

sa ki sav sav

sa ki pa sav pa sav

poutji ou sav?

voilà « il » sait que je sais comment le voir de ce qu’il parait être et de ce qu’il est vraiment… Shuuuuuuuuttt

Moi Upepo, je me lève de ma Pawòl et fais le tour des présences,

scandant:

woy nan dòmi

mi léta

mi mond-linivè

mi andidan pli wo-a

mi wou mi mwen

awou !

di sa ou sav…

pou yo tann…

pa di pou di jis kont di

Yo pa sav

nan dòmi 

mi trans an dans 

du visible complexe de la pensée

et de l’invisible simple de la croyance

pour Ka la grâce de l’origine et des descendances

toute fertilité est dispensée dans

les lignées de l’humanité

aux mille langages

de mille poèmes du cycle de vie

nan dòmi

c’est le vent fondamental de notre vaudou

la spiritualité originelle

originale

de notre négritude phénoménale

garder le lien

ouvrir l’espace

tuer le temps

vivre le geste

shuuuuuuuuttt

Upepo ferme les yeux et s’entend sa respiration comme un chant rythmique; car sur l’instant, son coeur est tanbou chevauché ailleurs…

sa mystik!

Yadja se souvient

Yadja se souvient en écrivant ces quelques mots sur son cahier. Il a l’impression d’être assis sur les marches de la véranda de chez Man-Ya: Kay-manman latè. Être assis entre deux Kroton géants. Là sur la page, on peut y lire:

« Depuis ce jour-là, je suis attentif au vent. Car, nous dialoguons ensemble. Je suis content de lui donner un nom. Ce nom swahili Upepo.

J’avais tant envie de le nommer ce continuel et perpétuel présent.

Là, posé là, je me rappelle mes toutes jeunes années. À l’époque, je commence à dialoguer avec le vent. Une relation dont j’ai le souvenir sensationnel, elle qui s’est insinuée au fur et à mesure dans ma conscience. Sûrement, ce dialogue perdure-t-il depuis bien longtemps.

Je suis là, assis sous un gigantesque bougainvillier. Une grotte difficile d’accès pour toute personne hors gabarit (le mien). Sous ce cadrillage de traits d’ombre et des ouvertures de lumières non régulières par nature, par le rayonnement des couleurs de fleurs rouge, violette, orange et blanche, je lis les pages d’un livre que ma tante m’a offert avec toute la collection pour Noël. Un superbe livre, avec une formidable histoire. Une histoire faite de petites histoires de jeunes de la même génération, vivant dans des ailleurs, des régions différentes du monde.

Oh! Comme je dois me calmer avant de commencer la lecture. Oui, il le faut… Être calme pour lire, pour ne rien rater, aucun mot, aucune tournure, aucune ponctuation particulière à prendre sens, aucune image poétique venant en moi, aucune dimension de mon imagination se libérant et aucun détail de l’imaginaire du livre, pour vivre entier dedans.

Personne ne m’y voit jamais, où tout au moins, ne m’y dérange. Tant et si bien qu’en revenant, un lourd épuisement me donne l’impression de ne pas être totalement là où est mon corps.

Aujourd’hui, je lis ce livre aux histoires croisées. Là, je suis en Bretagne dans la peau d’un jeune garçon à vélo avec trois amis qui allaient le long d’une petite rue du Port de Douardenez. Il gare son vélo à l’angle d’un bar de marin bien chantants et fortement enivrés.  Il se faufile avec ses amis dans une ruelle pavée. Il arrive dans une cours donnant sur la devanture d’une maison typique. Et, dans un monologue intérieur, le jeune breton, parle du vent qui tournoie autour de lui. Vent qui ramène à lui par la senteur et l’odeur tout ce qui est en vie aux alentours. Il parle fleurs, terre, arbustes, animaux, enfants. Et, il s’épanche sur les odeurs de liqueurs et de repas en cuissons… Ceux qui ravivent nos sens.

Et, alors que je lis cela, le vent se met à faire la même chose autour de moi, il me met dans le même contexte en utilisant la réalité de ma présence et de son environnement.

Way, le repas de Manman est prêt… « 

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