Tjenbé bèl pou viv-li bien...

Lettre à Paren Levan

À Paren Levan (Joël Emmanuel),

Depuis ta chambre d’en dessous, par le passage secret au creux du bougainvillier, aux heures dans ta chambre et ta musique reggae sur cassette, aux mots croisés, mêlés et fléchés, jeux de l’oie et petits chevaux, Picsou et électronique, et l’apprentissage des rudiments de la mécanique du vélo, tout ça et les morceaux de pain à la gelée de Tatie Yoyo et une banane.

Depuis le manguier de chez Maman Yvonne, à nos jeux devant la boutique, où tu partages avec nous ta bouteille de malta. Depuis, les fwiyapen que tu cueillais, où la colle de sa sève retenait la terre collée à nos doigts. Depuis le sentiment d’un zayann avec toi quand la colère d’en-bas hurlait.

Depuis ce baptême qui nous lie tel qu’il soit… L’amour semelle d’une foi. Une paire de sandale qui se traine au sol d’une démarche toi qui gravite.
Depuis nos conversations sur les marches de l’escalier du terrain au pied de l’école. Depuis les rencontres impromptues ici et là les chemins de renégat, chimen mawon, chimen chien, comme un oeil toujours possible là en quelque part.

Depuis ces livres avec lesquels tu conversais, ces films qui te travaillaient, ces informations qui te révoltaient.

Depuis que tu avais pris le large de tout ça. Tu savais où était ton port. J’y suis sur le quai.

Depuis ce quai,
où habillé prélè au coeur de la nuit foyalaise,
tu relaxais ta présence entre lecture du large,
en vue de la péninsule céleste
aux constellations de voiries éclairées,
et lecture d’un livre passionné,
une boisson à côté,
le silence nocturne de l’anvil,
la marche,
le clair de lune annonçant une naissance
que tu aimerais de tout ton coeur.
Et la suivante aussi.

Depuis que de toi, venait le high d’une joie juste à toi… Tu passes…

Grand, filiforme, sec aux muscles saillants, à la démarche raggamuffin, l’oeil compas, compassion, main verte à la dextérité transformatrice, main mécano, longue jambe, long pied, de marche, de drive. Le regard profond, au visage sillon d’une beauté restée juvénile d’espièglerie. Le feu solaire dans les yeux, la passion de la vie, le refus de l’hypocrite société…

Fleur, arbre fruitier, chien, chat, oiseau vous en savez quelque chose de lui qui est vitale et qui restera parmi nous vibratoirement. ici bas, va une expérience en corps, la sienne fut pleine et entière.

Un guide passeur d’âmes dans les ténèbres de l’anvil, le vil d’un système, dont, il fut le mawon sans concession aucune, il a tout vu depuis son invisibilité, alors il a dit oui à la vie libre.

La musique, art vibratoire qui le touche, il vivra par delà les siècles en elle. Toute musique vibre en lui et vice versa. Cet homme-joie au sept Foi, aime à l’infini ce qui fait le bon être beau, et le beau être bon… Qu’est-ce qu’il est beau et bon cet homme qui fait le passage vers la lumière.

Le bellâtre qui en mawonaj, ne se laisse aucunement faire par le système de consommation. Vivre la simplicité dans la marginalité. Vous direz égarement, nous dirons science. Car, sa drive lui a dévoilé tant de caché d’ici la vie en système, d’ici en lui la vie de bohème.

Entends raisonner son rire, regarde briller son sourire juvénile, reçois sa présence toujours. Car, hors du bégaiement venait une parole incisive et décisive en partage du vu et du su, lui venait le questionnement de l’aberration de notre vivre-ensemble.

En lui, le driveur, la présence qui fait le lien entre, et la main qui transforme la besogne en art. Sa vie en corps prend fin, et en lumière, il éclaire nos vies restées en corps ici.

Il fait le grand passage. Il a marché toutes les voies qui mènent au détachement, il a entendu toutes les voix qui réclamaient une main tendue. Sa sagesse espiègle a fait de lui, une question posée à notre humanité qui brisait avec clarté l’hypocrite couche de nos habits sociaux, faits de croyances fantoches et belliqueuses, sans queue ni tête.

L’enfant est vivant en lui. En lui vivait l’enfant qu’il protégeait du monde. Alors, il fait le grand passage avec en lui, l’innocence de l’enfant, vibrante de lumière en lui…

Un doux silence est là…
Il chante l’élévation vers le Père Solèy.
Le grand pas sage sans obstacle.
Du sein maternel au saint éternel
Il n’y a qu’un pas
Celui du sage.

Pensez-y autant que vous voulez ; Là où, il est allé. Ce qu’il a vu de ce qu’il est, est faramineux. D’où la marge qu’il choisit pour n’être plus blessé, ne plus naître blessé et abîmé à vos yeux assimilés de mépris, de dégout, de ricanement imbécile, portés de votre croyance en un système moribond.

Lui a quitté la sphère de la souffrance inhumaine dans le consumérisme et l’ethnoclassisme moribonds.

Oh Parrain merci d’avoir rythmé ma croissance de jeune pousse, tu fais le grand passage et assurément de l’autre bord, tu rejoins les lumières de notre lignée et tu me guideras encore.

C’est un tombolo vers la lumière qui s’ouvre et tu y passes avec la soudaineté d’une éruption péléenne. Je ne vois pas encore la forme que prendra le magma de cette éruption, mais l’espoir y sera dans la nature d’une terre fertile.

Toi, tu n’a jamais rejeté personne. Et si certains ne savaient te voir, toi, tu sais voir en tous. Ce regard que tu m’as appris. Car par amour pour toi, tous tes mots raisonnent dans mon coeur.

Parrain, je t’aime et je t’aimerai toujours. Tu vivras en moi. Tu vibre à une fréquence que nous partageons par la mission. Merci pour cette clairvoyance que tu as semé en moi.

J’aimerais pouvoir te raconter que jaillisse une mémoire lumineuse, vibrante de paix… Comme cette musique qui revendique notre humanité qui ne discrimine aucunement les éléments de la vie. One Love.

Toi dans les catacombes à ciel ouvert, dans les ghettos à crises psychédéliques, dans les rues perpendiculaires de la ville basse, toi qui a arpenté tant de routes et chemins du visible à l’invisible, de l’invisible au visible. Tu as pleuré autant que moi le pas sage de Manman Yvonne et celui de Papa Ferdinand, tu fus émus de la présence de ton père à ton chevet, tu as prié les retrouvailles avec ta mère dans le didan de ton coeur, tu m’as aimé comme pas deux, comme nous tous, ton secret est celui de l’amoureux.

Je me sens bien de te savoir dans la lumière

Je me sens bien de te savoir dans la lumière
d’autres courent les rues à la recherche de la cause
et toi tu n’y cours plus
toi tu veilles et inspires
ce que ton pas sage inspire
de nouveau dans la conscience
car tu es ce chat indomptable
qui a choisi de rester là un temps parmi nous
et ta science désormais rejoint l’universel conscience
toi le guide
le pachyderme trompe levée

J’irais en ton sanctuaire à l’abri
dans la chambre de mamie
dans la chambre de papi
dans celle de tes tantes
dont l’une ta marraine

J’irais vivre en me recueillant de tous ces lieux
où ta trace vibratoire réside
mon coeur ouvert comme les gorges de la falaise
béant sans douleur
ouvert d’une lumière jaillissante
autant flamboyante que celle d’une lave
autant étincelante que celle du Père Solèy

Tout le temps Marraine Lalin a suivi tes pas
dans les nuits sombres de ton errance

Et que dire de ces crises taktak
qui t’endiablaient dans les rues de l’anvil
tu traitais, injuriais les masques de la socialité
qui nous cachent des signes de la maladie de l’égoïsme et de l’hypocrisie
et se lance ton cri de raz-le-bol
fatigué d’être le totem de notre abîme
abyssal badam ton cri créateur

Toi j’en suis sûr
tu es aux mille visages
le guérisseur d’âme

Ta grande silhouette, un sac au dos, baskets bien lassés aux pieds, la tête haute, lé gran balan, dansant la mesure d’une marche kadansé. Tu as accepté en toi cette liberté plus haute que toi.

Réconciliez-vous avec cette part de vous qu’il était. Ce qu’il parait n’est pas, ce qui y est ne disparaît pas, par delà le corps, il vit.

Oh Joël Emmanuel,

Chacun biaise un regard arrogant sur la vie en ses faits. Chacun s’arrange de ce qu’il ignore et juge à l’instance de son propre tribunal aux lois illusions.

Ta confiance, ta fierté tes paroles me transportent d’une inspiration, celle qui me guide à dire : NOU NOU KA…

Résonnance de ta présence

Photo et poème de Malik Duranty

Lélé-va-sion ce que nous sommes tous

Atoumo que gérissent tous nos maux

Photo de Malik Duranty

Hommage à Jo… :

https://www.facebook.com/100010082736783/videos/1391034484575963/

https://youtu.be/SN2rBbDHwc4

https://youtu.be/ZJtZe1VHOq0


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